Depuis quelques semaines, les voyageurs débarquant à la gare de Strasbourg sont accueillis en alsacien, a rapporté la Gazette des communes en juillet. Après une annonce en français et en anglais, le haut-parleur leur souhaite la bienvenue en langue régionale et leur indique où se trouve le bureau d’information (sur le même sujet, l’article du quotidien L’Alsace). Curieusement, il n’est pas prévu de diffuser l’annonce en allemand, une langue pourtant parlée à quelques kilomètres de là. Sans doute parce que l’alsacien et l’allemand se ressemblent énormément, mais ne le répétez pas. Bientôt, d’autres villes de la région, Sélestat, Colmar ou Mulhouse, proposeront des annonces sonores équivalentes. Équivalentes, mais pas identiques, car le dialecte germanique, en Alsace, varie sensiblement du nord au sud de la région. Par ailleurs, les stations du tramway de Strasbourg sont d’ailleurs déjà articulées en alsacien et en français.

L’Alsace n’a rien inventé. Dans les bus d’Ajaccio, les arrêts sont annoncés en deux langues, français et corse. Le train corse ne parle que français, mais certaines inscriptions sont bilingues, comme celle présentant le marteau brise-vitre (« Schiappavetru »). Dans le métro de Toulouse, on parle occitan (« languedocien », précise Seb, un lecteur)depuis 2011. Et dans celui de Rennes, les stations sont curieusement traduites en breton, alors que personne n’a jamais parlé breton dans la capitale de la région, sauf quelques commerçants et des prisonniers. La limite linguistique séparant la langue bretonne du gallo (une langue d’oïl, proche du français) passe une petite centaine de kilomètres plus à l’ouest, entre Vannes et Paimpol. Annoncer les stations du métro rennais en breton, c’est comme si on indiquait la place Stanislas en allemand à Nancy. La compagnie Star, en charge des transports rennais, justifie ainsi son choix : « comme ça, les gens vont apprendre le breton ». Mais dans ce cas, pourquoi ne pas diffuser des annonces dans d’autres langues parlées en France, l’arabe, le chinois, le turc, le tamoul ou le ouolof ? Nul doute que ce pourrait être utile à de nombreux passagers.

Coquetteries. Au-delà de cette incongruité bretonne, on peut se demander à quoi servent ces coquetteries régionales lorsque les locuteurs des langues en question sont peu nombreux et que tous les voyageurs comprennent de toute façon le français. Raymond Bitsch, président de l’association « E Friehjohr fer unseri Sproch » (« Un printemps pour notre langue »), livre sa réponse dans l’article de La Gazette des communes : « l’alsacien sert à autre chose qu’à faire des pièces de théâtre en dialecte régional », affirme-t-il. Et puis après tout, si les fantaisies permettent d’apprendre les langues, de se familiariser avec d’autres sons, voire de passer le temps, pourquoi pas.

Uniformité. Toutefois, pour la SNCF, les gares alsaciennes sont une exception. Partout en France, dans les gares comme dans les TGV, toutes les annonces, préenregistrées, sont parfaitement identiques. Ça donne à peu près la chose suivante, à prononcer avec une voix féminine légèrement sucrée : « le train Intercités en provenance de [léger blanc] Marseille Saint-Charles et à destination de [nouveau blanc] Lyon-Perrache, départ initialement prévu à [blanc] 14h10, est annoncé avec un retard de [suspense insoutenable] 35 minutes ». Voilà qui appauvrit le voyage mais a le mérite de la clarté. Et en entendant « le train dessert », suivi d’un {blanc}, les bouches sucrées espèrent toujours que la voix annoncera « Chantilly ! », comme la crème fouettée.

Alors, que les annonces soient diffusées en langues régionales, ou qu’elles prennent une texture congelée et aseptisée, au fond, peu importe. Peut-être pourrait-on rêver que les transporteurs portent une attention aussi soutenue aux paroles diffusées en cas d’incident, de retard ou de défaut de signalisation. Ah oui, pour cela, il y a Twitter (précisions ici), et dans toutes les langues.

A voir, à Toulouse, une expérience menée pendant un mois en 2009. Stéphane Coppey, alors président de Tisseo, y regrette que les annonces soient prononcées avec un accent « pointu » :

 

352 réponses à « Faut-il vraiment parler breton dans le métro de Rennes et alsacien à la gare de Strasbourg? »

  1. Avatar de balkantiger
    balkantiger

    « serbes, croates, bosniaques et monténégrins parlent grosso modo la même langue qui varie dans l’espace mais pas plus (et même plutôt moins) que le français entre Marseille, Paris, Toulouse ou Strasbourg. »

    Le serbe, le croate et le slovène (+ bosniaque, etc…) sont des langues qui ont certes une racine commune mais belles et bien différentes et bien plus éloignées que vous ne semblez le penser.( Et qui ont tendance à s’éloigner de plus en plus d’ailleurs).
    Le français d’un parisien, d’un alsacien, d’un provençal et d’un breton est globalement le même si on exclu l’accent et quelques expressions typiques.

    Gros raccourci, donc.

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  2. Avatar de bascobask
    bascobask

    …et moi je crois que, plutôt que de vous écharper sur le forum , si vous étiez sincères dans votre défense du patrimoine culturel et linguistique de vos régions respectives, vous ne seriez pas là, mais vous profiteriez de la moindre occasion pour parler votre langue et visiter des musées avec vos enfants et vos proches.

    Je parle une langue régionale, je l’ai partagée avec mes enfants, j’en suis fier, et je ne demande pas à l’Etat- providence de tout prendre en charge. Si vous voulez faire vivre vos langues, vous le pouvez ! pourquoi attendre tant de l’état??

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  3. Avatar de Fanch
    Fanch

    Pourquoi parler breton dans le métro rennais ? Bonne question…
    En fait, il faudrait AUSSI parler le Gallo qui est la troisième langue de la Bretagne historique (cinq départements).
    Comme en Écosse, où il y aussi trois langues : anglais, scottish et gaélique écossais. Et si l’Écosse vote bientôt pour son indépendance (référendum au mois de septembre), je pense que les écossais continueront à parler majoritairement en anglais.
    En Irlande, indépendante depuis 1921, l’anglais est restée la langue majoritaire alors que le gaélique reste confinée dans la partie ouest (« réserves linguistiques ») malgré les tentatives pour le relancer (enseignement obligatoire, épreuve en gaélique pour les concours de fonctionnaires, …).
    Si la Bretagne retrouvait un jour son indépendance, je pense que les bretons continueraient à parler français majoritairement.
    Si cela peut vous rassurer sur l’avenir du français en Bretagne…

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  4. Avatar de JeFra
    JeFra

    On a empêché les bretons de parler breton, que voulez-vous, à vouloir tout aplanir… La cohabitation est possible, n’en déplaise aux esprits chagrins. Et arrêtez de voir tout en terme de retour sur investissement, on parle d’une langue d’une culture d’une histoire. Les petits irlandais apprennent l’irish, l’anglais, ce qui ne les rends pas mauvais pour l’apprentissage du français par exemple, quand on voit que les français sont si nuls en langue, pas une surprise quand on voit le rejet des autres langues…

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    1. Avatar de marx
      marx

      attends, tranquille !
      10% des « Français » parlaient le français en 1789, il leur faudra bien encore un peu de temps pour une autre langue…tranquille quoi…

      blague à part, les Anglos sont aussi nuls en langue que les Français, alors arrêtez de taper sur ces pauvres bougres. Et les Romains à l’époque, ils devaient être très nuls en langue aussi ! tout le monde parlaient leur langue, normal.

      bon le problème actuellement c’est qu’on est en période de transition, on passe du français langue universelle à l’anglais langue universelle, donc c’est normal ce qui se passe en ce moment, encore une génération ou deux et le problème est réglé. les Français seront comme les autres, ils apprendront des langues étrangères tout à fait normalement, et les Anglos seront super méga nuls en langues pendant plusieurs générations…arrghh vengeance…;)
      pour comprendre pourquoi les Néerlandais sont soit-disant bons en anglais. on doit d’abord se poser la question « mais qui veut apprendre le néerlandais ? », et on a notre réponse !
      pareil pour le norvégien, le suédois, le finnois, l’islandais. ils n’ont juste pas le choix, soit ils apprennent l’anglais, soit ils disparaissent de la surface du globe…

      peut-être qu’un jour ce sera la même chose avec le mandarin…

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  5. Avatar de Wackes vom Elsass

    s’Franzeesch esch net die Sproch vom ELSASS – le Francais n’est pas la langue de l’ELSASS , tout court!

    Mir han unseri Sproch sitter 1500 Yahr gerédt, und mir réde se wietersch! NOUS AVONS PARLÉ NOTRE LANGUE DEPUIS 1500 ANS, ET ON CONTINUE DE LA PARLER 🙂

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    1. Avatar de Jean-Marc
      Jean-Marc

      Wackes vom Elsass, tu ressembles tellement à un troll, que cela fait peur….

      mais je vais quand même t’alimenter :

      « tout court » : heu, ce n’est pas français, dans ce contexte…
      « tout simplement », ou « c’est tout », ou « point », ou « point final », ou…
      seraient corrects, eux.

      « NOUS AVONS PARLÉ »
      « Nous « avons vendu » notre bétail à la foire agricole »
      « Nous « avons rentré » le blé à l étable »
      « qu’ « as-tu fait » de tes 20 ans ? »
       » je sais ce que vous « avez fait » l été dernier »

      Le temps que tu emplois signifie précisément que c est une action passée, terminée, qui ne se prolonge pas dans le présent…
      bien vu l aveugle…

      => « Nous parlons notre langue depuis … »
      ou « nous parlions déjà notre langue il y a 1500, et … »

      Sinon, ta phrase est un oxymore

      Autre erreur : passer de « nous » à « on »

      => reste à l’alsacien stp :
      En français, tu n es vraiment pas compréhensible…

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      1. Avatar de Olivier Razemon
        Olivier Razemon

        Merci de faire ainsi la police de la langue. Si vous avez le temps, vous pourriez inspecter les 24261 autres commentaires postés sur ce blog depuis mars 2012…
        OR

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      2. Avatar de Le Guellec Hervé
        Le Guellec Hervé

        Vous êtes « franchement » très précieux, monsieur. Diantre, que d’afféteries !

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  6. Avatar de Jean-Marc
    Jean-Marc

    Avoir un dialecte ou une langue « originale », parlé par peu de monde,
    peut avoir 2 conséquences :

    cas A – le pays-bas et le néerlandais :

    la population apprend le néerlandais…
    mais apprend aussi l anglais, l allemand, et même le français et d autres langues :

    le fait d avoir une langue peu répandue leur fait baigner dans les autres langues, et donc facilite leur apprentissage des autres langues, qu’ils utilisent, si bien que celà devient un atout économique pour chacun d’eux et pour leur pays.

    cas B – la belgique flamande-wallone :

    bcp de wallons ne connaissent pas le flamand, et de plus en plus de wallons refusent de parler le français =>
    là, leur dialectes différents leur créent des surcoûts (administratifs, avec textes en plusieurs langues) et des pertes d efficacité (entre autre, cartes illisibles..) et d adaptation au marché.
    Mais n apporte pas grand chose de bien…

    2 communautés de langues différentes, vivant de plus en plus séparément (sans atteindre la différence entre hispaniques et anglophones aux USA, malgré leur liens d employés-employeurs)

    L’alsace (et les autres) ont le choix, de profiter de leur langue ou dialecte, pour favoriser l apprentissage des autres langues, à eux et -surtout- à leur enfants (un apprentissage facilité pour tous les enfants baignés dans plusieurs langues),
    OU de faire un replis identitaire, qui leur permettra d être fiers d être les derniers à ne parler quasi QUE l authentique alsaco comme leur arrière-arrière-arrière-arrière grands-parents, même si leurs grands-parents ne le connaissaient même pas…

    Pour ma part, n étant pas polyglotte (ne savoir parler QUE l anglais, comme langue étrangère, n est plus un atout : c est un pré-requis normal, actuellement),
    j apprécierais que les parents d alsaciens fassent le mauvais choix, tant que je ne suis pas à la retraite :
    Je n ai pas envie d être en concurrence avec des gens parlant parfaitement français + allemand + anglais….

    Par contre, pour l économie de la france et de l alsace, faire le bon choix ne serait pas trop mal…

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  7. Avatar de K7K
    K7K

    Je vais me faire des amis, je le sens 🙂
    C’est étrange ce terme de « langue régionale » en fait… Alors, si je comprends bien, l’alsacien et le breton sont des langues, mais le picard ou le bourguignon (ou l’auvergnat) sont des patois… Mouai…étrange comme façon de voir je trouve. Le basque est une langue, ça oui, un mystère pour les linguistes et les éthnologues d’ailleurs. Et, il me semble que Québec a été fondé par…un breton (c’est bien en Bretagne St Malo, rassurez moi), et bien avant la Révolution Française, et pourtant, on parle français à Québec, pas breton…
    En fait, sous couvert d’identité régionale, certains font du jaccobinisme régional en voulant harmoniser et unifier des patois pour en faire une langue; exactement ce qu’ils reprochent à la nation française…

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    1. Avatar de Christophe
      Christophe

      Québec a été fondé par un charentais me semble-t-il, monsieur Samuel de Champlain. Admettons reste que même si le breton est une langue indo-européenne comme l’ensemble des langues d’Europe hors basque en effet, il s’agit bien d’une langue à part entière qui n’est pas un dialecte de langue d’oïl ou de français. On peut débattre du terme « patois » mais je vous invite à apprendre ce qu’est la grammaire et le vocabulaire de langue bretonne pour apprécier la différence et son affiliation avec l’autre langue brittonique qu’est le gallois. On parle donc français au Québec car fondé et colonisé par des français (on y parle aussi l’anglais, oui monsieur, même si ce n’est pas la langue officielle mais un autre colonisateur). Ensuite, lorsque des jeunes apprennent ou réapprennent le breton pour parler aux anciens ce n’est pas pour faire la nique à la République mais plutôt pour tisser des liens intergénérationnels et partager des points de vue avec les générations qui sont brittophones de naissances ou bilingues tout du moins. Setu (voilà) comme on dit chez nous autres.

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  8. Avatar de remond
    remond

    Dire qu’on a jamais parlé breton à Rennes c’est comme dire qu’on a jamais parlé Allemand à Prague ou Bratislava ou Francais à Brest… C’est completement ridicule et discriminatoire.

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    1. Avatar de M Sln
      M Sln

      bah non, c’est la vérité! La frontière linguistique se situe entre Vannes et St Brieuc.

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      1. Avatar de Le Guellec Hervé
        Le Guellec Hervé

        Cette frontière est perméable, comme toutes les frontières : j’habite à Paris et ma langue maternelle est le breton, que je pratique tous les jours, en famille, ou avec des « expats » comme moi.
        Beaucoup de brittophones habitent à Rennes, surtout des jeunes, d’ailleurs.

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      2. Avatar de Jean Follézou
        Jean Follézou

        Parler la langue de nos ennemis héréditaires ( les brittons ) est une trahison faite à nos ancêtres armoricains.
        Mes ancêtres sont morts pour garder leur autonomie et leur langue, mais les  » outre-Manche  » ont de tout temps montré leurs volontés d’hégémonie.
        Ce n’est pas aujourd’hui que je leur accorderai mon pardon.

        Mais c’est dans l’air du temps boboïste que de vouloir se différencier en public, en parlant une langue totalement étrangère à l’héxagone.

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