Vous l’avez vu, le chiffon rouge, là, juste devant votre nez ? La « contribution climat énergie », plus connue sous le nom de « taxe carbone », annoncée par le ministre Philippe Martin lors des journées d’été du parti écologiste, jeudi 22 août, va réveiller les fauves qui estivaient paisiblement. La taxe, dont le montant, le dispositif et le calendrier ne sont pas encore dévoilés, s’appliquera à tous les émetteurs de gaz à effet de serre, entreprises comme particuliers. Sont visés aussi bien les fumées des usines et le ronronnement des chaudières que les pots d’échappement. Et les automobilistes, au premier chef, devront y contribuer. Le montant qui s’ajoutera à la facture de carburant n’est pas encore connu.

Indignation. La mesure suscite déjà l’indignation de ceux qui s’opposent aux taxes en général et à celle-ci en particulier. « On va crever sous les taxes avant de crever de pollution », résumait un twitto vendredi matin. Sur le réseau social, les « automobilistes taxés de toutes parts » ont déjà commencé à protester. L’utilisation de la voiture particulière thermique va coûter plus cher, d’autant plus si on vit loin de son travail et qu’« on n’a pas d’autre choix ».

https://twitter.com/breizhgauche/status/370788593389678592

Pare-chocs. Le débat va rapidement prendre une tournure frontale. Pour faire monter la mayonnaise, rien de plus efficace que d’opposer les habitants des pavillons périurbains-que-personne-n-écoute-jamais et les écolos-bobos-de-centre-ville-qui-inventent-des taxes-punitives. Pierre Bihet, élu socialiste du département de la Manche qui craint la « fracture fiscale » ne dit pas autre chose.

Regrenellisation. Ces réactions oublient que les principaux candidats à la présidentielle, en 2007, avaient souscrit au « pacte écologique » de Nicolas Hulot prévoyant, notamment, cette taxe carbone. La mesure, enterrée par le Grenelle de l’environnement qui avait suivi l’élection, avait été ressortie des cartons par le gouvernement Fillon en juillet 2009 puis abandonnée à la suite d’une décision du Conseil constitutionnel quelques mois plus tard.

Par ailleurs, si certains n’ont « pas d’autre choix », la nouvelle contribution pose la question de la consommation d’énergie, que l’on continue de dépenser sans trop réfléchir. L’étalement urbain fait des ravages, pas seulement à cause des pavillons posés en pleine campagne (voir ici et ici) et l’automobile individuelle pèse lourd dans le budget des ménages. Peut-être cette nouvelle taxe amènera-t-elle certains à remettre en cause leur manière de se déplacer ? En Suède, c’est ce qui s’est passé, expliquait, en 2009, la journaliste Sophie Caillat de Rue 89. Voici par ailleurs la liste des pays qui, selon Wikipedia, ont adopté une taxe similaire.

Débat pollué. En attendant, le gouvernement, et les écologistes en particulier, courent le risque de voir réduite la question des transports quotidiens à celle de l’énergie et de la pollution, en passant sous silence le stress, le coût et les conséquences sociétales de cette « galère » de tous les jours. Une autre manière de polluer un débat.

 

NB : pour sortir du débat sur le prix du carburant, Gabriel Plassat, de l’Ademe, relève cette proposition de taxation liée à l’usage de la voiture et à la distance : « premiers kilomètres sans taxe possibles pour certaines catégories sociales ; augmentation des taxes avec les distances parcourues (sur le mode des tranches d’imposition) ; forte augmentation des taxes avec un style de conduite agressif (la façon dont on parcourt une distance est aussi importante que la distance elle même) ». A lire ici.

 

 

263 réponses à « La taxe carbone, chiffon rouge pour les automobilistes de grande banlieue »

  1. Avatar de Paul lo Pofre
    Paul lo Pofre

    La plupart des pavillons qui étendent démesurément les zones urbaines sont la propriété de leurs habitants, en plus forte proportion que les appartements.
    Il serait donc souhaitable de décourager quelque peu l’accession à la propriété. Je crois que la prime d’Etat est toujours incluse dans les Plans d’Epargne-Logement. Je crois aussi qu’il est préférable de faire une économie que de créer une taxe. Mais notez bien que je n’ai pas parlé d’interdire les PEL, il suffirait de leur enlever tout avantage.
    Et si les gens épargnaient moins pour se loger, ils placeraient davantage leur argent dans ce qui est utile : les entreprises, la Bourse, ne serait-ce que pour éviter que toute notre économie appartienne aux Chinois, Qatari et autres extra-Européens.

    J’aime

    1. Avatar de djakk
      djakk

      Une zone pavillonnaire, ça n’est pas grand chose en consommation d’espace quand on compare avec la place que prend un échangeur routier ou une zone commerciale et ses parkings : https://maps.google.fr/?ll=48.778181,2.226706&spn=0.010732,0.029933&t=h&z=16

      J’aime

  2. Avatar de Jean
    Jean

    Méconnaissance totale de la vie de banlieue (qui est aussi une vie agréable faite de solidarité entre les gens qui y vivent ne vous déplaise), haine du banlieusard, haine des transports motorisés (vos meubles chez vous arrivent à pied ?), réponse-à-tout (yaka prendre le vélo, yaka habiter plus près, yaka prendre les transports). J’ai même lu « yaka avoir deux vélos, un dans chaque gare » mais vraiment n’importe quoi.

    J’aime

    1. Avatar de djakk
      djakk

      relax, c’est pas ces commentaires qui vont décider de ta vie à ta place ^^

      J’aime

    2. Avatar de Mathieu (@slasherfun)
      Mathieu (@slasherfun)

      Haine du banlieusard ? Où ça ? Haine du transport motorisé ? Non, de celui qui est inutile car qui pourrait aisément être fait autrement. Avoir deux vélos dans chaque gare, n’importe quoi ? Il y a bien des gens qui ont une voiture des villes et une voiture des champs, ou des résidences secondaires, alors avoir deux vélos…

      J’aime

      1. Avatar de Tom
        Tom

        On lit pèle-mêle que le banlieusard ne serait que quelqu’un qui vit en pavillon par haine de l’autre, qui veut à tout prix un jardin, qui vote FN, qui vient infliger la pollution aux autres, qui est responsable de l’étalement urbain et autres gentillesses de ce genre. Bref, le banlieusard, responsable des maux de la ville, surtout pas (pour caricaturer aussi tant qu’on y est) le parisien égoïste qui capte la majorité des dotations en infrastructure (alors qu’il n’en a pas besoin) au détriment du reste de la région.

        J’aime

      2. Avatar de noxyvelo
        noxyvelo

        On pourrait dire plus rationnellement que la situation actuelle est la conséquence du tout voiture des années 70, que cela a des conséquences sur tous – de bonne volonté ou non – et qu’il faut maintenant en sortir.

        J’aime

      3. Avatar de Tom
        Tom

        Je suis parfaitement d’accord sur le constat
        Mais sortir une « taxe carbone » simpliste qui matraquerait le déplacement en voiture est une aberration pure et simple et comme le disait quelqu’un avant serait mettre la charrue avant les bœufs. On ne peut pas accuser l’automobiliste et l’individu de tous les maux (même si il a sa part de responsabilité) quand on voit l’état de délabrement des transports en banlieue, du laisse-faire en matière immobilière, de la faillite du politique en général.

        J’aime

      4. Avatar de François
        François

        Je serais curieux de savoir combien coute à la collectivité l’entretien de toutes les infrastructures (routes, connection téléphonique, connection internet haut débit) pour que vous puissiez aller et vivre avec tout le confort moderne dans votre petit coin de campagne. Je suis sur que rapporté au nombre d’habitants, ça doit être infiniment supérieur à Paris.

        J’aime

    3. Avatar de François
      François

      Comment ça n’importe quoi? Perso ça fait des années que j’habite au centre ville (et je gagne au meilleur des cas 2000 euros par mois, quand je travaille) et que j’essaie de ne me déplacer qu’en vélo ou en TEC. C’est vrai que ça devient de plus en plus difficile à cause de ceux qui disent (et qui sont eux écoutés) : « Pour économiser, yaka supprimer les fonctionnaires, yaka supprimer les trains, yaka ne gader que les TGV ».

      J’aime

  3. Avatar de patricia

    On se demandait si le gouvernement français voulait un réel débat sur la transition énergétique. Je pense que l’on a la réponse avec 2 ministres de l’écologie virés en un an ? http://www.activeau.fr/Blog.asp?ItmID=17458&Title=Le-gouvernement-veut-il-un-reel-debat-sur-la-transition-energetique-

    J’aime

  4. Avatar de Transport MNCC

    Le ministre de l’Écologie, Philippe Martin, à dit que la « taxe carbone » n’aura « pas d’effet sur les ménages en 2014 » !

    J’aime

  5. Avatar de Montrealex

    Et les millénaires suivants, nos descendants diront de nous « mais comment ont-ils pu être aussi stupides ? Ils savaient qu’ils détruisaient la Terre, mais n’ont rien fait, pour de simples questions « d’économie » et de « compétitivité » ? Ils savaient surtout que ce ne serait pas à eux d’en assumer les conséquences, génération égoïste »

    J’aime

  6. Avatar de Alexmover

    Eh bien je le dis et je le répète non. Et moi j’ai le droit de le dire car j’y habite alors que vous vous vous permettez un jugement sur ce que vous ne connaissez pas, donc un jugement tout à fait insultant.

    J’aime

  7. Avatar de Michel

    Je serais curieux de savoir combien coute à la collectivité l’entretien de toutes les infrastructures (routes, connection téléphonique, connection internet haut débit) pour que vous puissiez aller et vivre avec tout le confort moderne dans votre petit coin de campagne. Je suis sur que rapporté au nombre d’habitants, ça doit être infiniment supérieur à Paris.

    J’aime

Laisser un commentaire