On en voit partout, peints d’un marron aussi lisse qu’inusable, disposés à intervalles réguliers sur le trottoir. A ces poteaux métalliques d’environ un mètre de hauteur, les techniciens de la voirie ont donné le doux nom de « potelets », bien que le grand public, ignorant les circonlocutions administratives, préfère les appeler « bites ». On en compterait 50 000 à Bordeaux, 100 000 à Marseille et exactement 354 642 à Paris, d’après cette infographie parue dans lemonde.fr début juillet. Selon Wikipédia, c’est plutôt dans toute la France qu’on en compte 335 000. Quel qu’en soit le nombre réel, les potelets ont aussi envahi La Rochelle, Aix-en-Provence ou Bergerac, et se postent même devant la mairie-école du petit village de Cléry (Savoie).

Balisettes. Les potelets, apparus il y a quelques décennies, sont une réponse physique au stationnement sauvage qui prend ses aises sur le trottoir ou tout autre espace piétonnier. Le magazine Terra Eco y a consacré un article exhaustif il y a quelques mois. Leur forme varie selon la fantaisie des services, le budget consacré à la voirie ou les particularités du quartier. Ils gagnent en épaisseur, se font boules, préfèrent le plastique au métal – et sont alors baptisés « balisettes » – ou se transforment à l’occasion en véritables barrières. Parfois, la municipalité pousse le sens de l’appropriation jusqu’à les garnir de ses armoiries ou leur sculpter une petite couronne.

Les potelets servent à « protéger le stationnement », selon l’expression en vigueur. S’ils remplissent généralement la fonction pour laquelle on les a inventés, leur usage est parfois détourné. Ainsi, certains d’entre eux sont amovibles ; on les actionne à l’aide d’une simple clef qui circule de main en main. C’est fréquent à Marseille, dit-on. Un petit clic, une main charitable qui soulève le potelet, la voiture passe, on remet tout en place et le tour est joué. Il existe même des potelets non officiels, posés par des particuliers qui protègent ainsi leur place de parking – évidemment illégale – sur le trottoir.

Effet pervers. Mais ce n’est pas le plus grave. Les potelets entravent la marche. Le trottoir est amputé sur toute sa longueur d’un espace d’une vingtaine de centimètres, nécessaire à la disposition de ces pièces métalliques. Par ailleurs, protégées par les potelets qui agissent exactement comme des glissières de sécurité, les voitures déboulent à bonne vitesse. La situation est d’autant plus absurde que ces poteaux sont justement disposés dans des rues plutôt étroites et réservées à la circulation locale. Le message est on ne peut plus clair : les automobilistes peuvent foncer, sans se soucier des piétons, puisque ces derniers demeurent confinés dans leur espace bien à eux. On aboutit dans certaines villes à l’aberration suivante : 80% de l’espace est réservé à 20% des usagers, ceux qui circulent en voiture, tandis que les 80% restants, à pied, se contentent de 20% de la voirie. Les potelets, reliquats de l’époque où l’on aménageait l’espace urbain en fonction de la seule voiture, dessinent des couloirs de vitesse semblables à ceux que produisent, dans les villes d’Europe centrale (ici à Kiev), les sous-passages pour piétons.

Horreur du vide. Enfin, ces bâtons disposés à distance régulière ont horreur du vide. Sur cette bande de trottoir la plus proche de la rue, de facto impraticable pour le piéton, on range des poubelles, on gare des scooters, et les services municipaux installent même, de manière définitive, quelques éléments de mobilier urbain. Et ainsi, traverser la rue, à pied, devient non seulement compliqué, mais périlleux. Avec tous ces obstacles, impossible de voir les voitures arriver. Même les motards craignent les aménagements anti-stationnement, sur lesquels ils risquent de se blesser s’ils tombent.

Zones 30. Il existe pourtant bien d’autres manières d’aménager les rues pour dissuader le stationnement, tout en réservant vraiment l’espace aux piétons. Cela implique de considérer le problème dans sa globalité et de se poser la question de la place respective des différents usagers. En ralentissant la ville (des arguments en ce sens à lire ici), on l’adapte à la circulation piétonne, ainsi, on s’en doute, qu’aux usages apaisés, vélo, trottinette ou rollers. Les « zones 30« , où la vitesse est limitée à 30 km/h, sont l’instrument légal de cette volonté politique. Si on n’a qu’une confiance mesurée dans le respect de la loi, on peut rétrécir les voies, comme sur les voies sur berges parisiennes, ce qui conduit mécaniquement les automobilistes à ralentir, dessiner des chicanes voire « mettre des gens », dit l’anthropologue suisse (d’origine portugaise, certes) Sonia Lavadinho. Cela revient, selon elle, à piétonniser en partie l’espace en installant des terrasses de café, des attaches pour vélos, des œuvres d’art, etc. Des aménagements en tous cas bien plus ludiques que ces pauvres bites.

Couleurs. Envahissants, les potelets font partie, qu’on le veuille ou non, de l’univers urbain. Parfois, des riverains ou des artistes se les réapproprient, et les décorent, comme on le constate sur ces photos prises à Marseille et à Paris. Enfin, l’ultime solution imaginée par des militants (passablement déchaînés) consiste à délivrer aux automobilistes garés sur le trottoir des fausses contraventions.

 

 

Ah oui, message aux services. Si vous devez installer des potelets, prière de ne pas faire comme ces techniciens.

 

 

141 réponses à « Les potelets métalliques, cauchemar du piéton »

  1. Avatar de laure
    laure

    Avec l’Euro 2012, les potelets sont arrives a Kiev sur certaines des arteres principales! Sinon, la circulation du pieton comme des vehicules (cf l’etat des rues et des routes) ne sont pas la premiere preoccupation des autorites. Un exemple avec les chutes du neige du 23/03/2013. L’avantage, c’est que l’on a pu faire du ski dans les rues…
    http://www.bing.com/images/search?q=kiev+snow+storm+march+2013+images&qpvt=kiev+snow+storm+march+2013+images&FORM=IGRE#view=detail&id=72B886C809D597353CEE76D3CBE41BC42C5B7295&selectedIndex=399

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  2. Avatar de CBB

    Un autre moyen de rendre ces potelets un peu plus gais :
    http://lecyklop.blogspot.fr/p/photos.html

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  3. Avatar de demenageur montreal

    J’habit tout près d’une allée comme ça; il faut toujours sortir à la rue exactement comme ça, et je me sens pas sauf. C’est pourquoi j’ai employé un demenageur Montréal!

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  4. Avatar de Louis.D

    C’est vrai que quand on ne fait pas attention, un accident peut arriver. Mais l’avantage reste que aucune voiture ne se gare sur le trottoir et en temps que piéton, je trouve cela particulièrement agréable.

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    1. Avatar de Anna
      Anna

      voyez mon commentaire plus haut, votre agrement a failli me defigurer ;p
      la solution serait d’interdire compltement certaines zones aux voitures, pas de truffer les trottoirs de pièges. point.

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  5. Avatar de caillou
    caillou

    N’oublions pas les potelets de la place des Terreaux à Lyon. Rien de tel pour faire des blessés pendant la fête des lumière, quand une foule compacte doit la traverser de nuit. Impossible de les voir, et ils sont à hauteur de tibia…. Un régal! Pour rappel, on a compté 800 000 personnes en 4 nuits l’an dernier aux Terreaux.

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  6. Avatar de Giselle

    L’idée d’installer le poteau urbain sur la chaussée est trop dangereuse car la vitesse d’un piéton n’est pas la même qu’un cycliste ou d’un automobiliste.

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  7. Avatar de Clément Imbert
    Clément Imbert

    Bonjour,
    Je profite de l’ancienneté de l’article pour peut-être attirer votre attention M. Razemon. Vous écrivez : « Il existe pourtant bien d’autres manières d’aménager les rues pour dissuader le stationnement, tout en réservant vraiment l’espace aux piétons. » Juste après vous citez la réduction de la vitesse à 30 km/h et le rétrécissement des voies. Mais en quoi ça va empêcher le stationnement sur le trottoir ? Puis vous dites qu’il faut piétonniser en partie l’espace en installant terrasses de café etc… On peut pas en installer partout ou il y ces bites quand même.
    Je suis sensible à ce problème et à la recherche de solutions fonctionnelles.

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    1. Avatar de franckM
      franckM

      Il faut que la rue à maintes endroits redevienne un lieu de vie et n’ont plus un parking et une autoroute.
      Nécessité à cela un abaissement des vitesses à 30 voir 20 pour la plupart des rues (tout en laissant des rues vraiment roulantes pour les voitures cela va de soit).
      Ensuite il ne faut plus de distinction trottoir route afin de montrer aux automobilistes que la rue est à tout le monde, le piéton ne doit plus se contenter d’un minuscule trottoir.
      Enfin pour limiter le stationnement (ne pas l’interdire n’ont plus afin de ne pas avoir un effet inverses à ce que l’on veut à savoir un étalement urbain encore plus grand), il faut des moyens détournés qui en même temps participeront à la réappropriation de la rue par le piéton comme par exemple les terrasses de café.
      Mais il est sur on ne peut mettre des terrasses de café partout. Il y a aussi des jardinières pour des plantes collectives, des bancs de riverains, des fleurs décorées par les riverains, des stationnements vélos, des boites à livres…

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    2. Avatar de Marc
      Marc

      vous résumez bien l’incohérence. en sautant du coq (les poteaux mis pour empêcher le stationnement sur les trottoirs) à l’âne (la place trop importance de la voiture dans l’espace public), on en arrive à proposer des solutions au point 2 (mettre une terrasse à la place du café) en contradiction avec le point 1 (à certains endroits, c’est l’utilisation de l’espace public par des terrasses qui est le problème loin devant les qlq cm du poteau).
      Outre le fait qu’il n’y a pas de solution facile, je pense qu’il faut bien séparer les 2 cas :
      – zone résidentielle qui n’ont pas comme vocation première à être « tout à la voiture »… là sans doute qu’un réquilibrage des surfaces est pertinent (zones 30 voir zone de rencontre, les terrasses, les bacs de plantation).
      – voie de transit/trafic : parfois leur nombre peux diminuer (moins de rue de transit, les ex rue de transit pouvant basculer dans la catégorie précédente). mais si la rue reste une zone de trafic important, ce n’est souvent pas possible d’y appliquer les solutions précédentes. dans ces lieux il n’y a pas de solution qui fait consensus (la répression est mal perçue, le trottoir y est souvent déjà étroit, …)
      une solution générale pourrait être de cloner le système qu’on dit en vigueur dans certains villes japonaises : la ville a X place de parking privées et publiques et donc maximum X véhicule pouvant s’y garer, si tu veux immatriculer un véhicule, prouves où tu le gares ! mais cela devrait fortement se moduler en fonction des critères (par ex un plombier a du mal à travailler en transport en commun). et dans l’état, aucun politique n’est prêt à affronter autant d’automobiliste-électeur

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  8. Avatar de Anna
    Anna

    Les potelets sont un moindre mal, l’enfer ce sont els plots en béton ! je courais pour rattraper un ami sur le trottoir, nous etions en retard pour le debut d’un concert, j’ai trébuché sur un des plots en ciment dissimulés par l’ombre des vehicules en stationnement totalement dépourvus de marquage ou peinture, et me suis éclaté une incisive en tombant de toute ma hauteur sur le plot suivant. Par chance c’etait une dent sur pivot qui fut juste deboitee (j’ai assiste au concert comme ça et me suis debarbouille dans les toilettes) il n’y a pas eu fracture de la racine et le dentiste m’a réparé ça sans qu’il m’en coute un cent. j’aurais aussi pu me fracturer le poignet. une dent naturelle aurait tout simplement été cassée et j’en aurais été pour mes frais pour un pivot, j’aurais fait quelques cm de moins c’est mon nez qui aurait pris et moins encore ça aurait porté sur le front j’aurais pu me tuer. Il es impossible de freiner une chute de sa hauteur. Imaginons aussi que ce soit arrivé à une vieille personne, avec les os fragiles qu’ils ont. Dans ce cas, qui est responsable ?
    (desolee d’avoir deterré le topic)

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