[Nouvel incident, le 3 décembre, au même endroit. A lire ici] « Rennes à 1h25 de Paris ! » « Bordeaux à 2 heures de Paris ! » Souvenez-vous de ces slogans, ils datent du début de l’été. Mais ils datent déjà. Le 1er juillet, les dernières nées des lignes à grande vitesse de l’Hexagone étaient enfin inaugurées. La SNCF, les plus hautes autorités de l’Etat et tout ce que l’Hexagone compte de spécialistes des transports quittaient la gare Montparnasse en fanfare et se réjouissaient de cette merveille de technologie française qui permettait de relier des villes, ou plutôt des « capitales régionales », en à peine plus de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Les travaux de la LGV en cause. Pile un mois plus tard, la descente est rude. Un « défaut d’isolement sur une installation électrique » dans l’une des 17 armoires du poste de contrôle de Vanves-Malakoff met Rennes et Bordeaux à 3 jours de Paris. Malgré l’identification et la réparation de la panne, l’intégralité du service n’a été rétablie gare Montparnasse, que plus de 72 heures après la découverte de ce dysfonctionnement. Ironie de l’histoire, le 1er août, Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, indiquait que « les travaux de la ligne à grande vitesse vers Rennes et Bordeaux étaient à l’origine de la panne ».

Quais du TGV, gare de l'Est, Paris. Copyright Olivier RazemonLGV contre maintenance électrique. La SNCF a-t-elle privilégié les infrastructures coûteuses au détriment de la maintenance ? Fallait-il effectuer plus tôt un examen poussé de ces fameuses 17 armoires électriques plutôt que de dépenser 7,8 milliards d’euros pour construire des infrastructures essentiellement destinées à transporter encore plus vite des cadres hyperconnectés toujours plus pressés ?

Ces questions sont sans doute caricaturales, d’autant que ce n’est pas la SNCF seule qui décide de la politique des transports, mais méritent d’être posées. Le rapport que le gouvernement a demandé, mardi 1er août, à la compagnie ferroviaire, évoquera peut-être ce décalage criant entre les grands travaux et la maintenance au quotidien. Elisabeth Borne, ministre des transports, et Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, sont en tous cas très à l’aise pour réclamer des explications  à Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF depuis presque 10 ans.

Le rapport demandé par le gouvernement à  la SNCF est décrypté ici par Dominique Gallois, du Monde.

Discours prémonitoire de Macron. Car, depuis un mois, la doctrine de l’Etat, en matière de transports, a officiellement changé. L’heure n’est plus aux projets pharaoniques censés « désenclaver les territoires » et emmener les gens toujours plus loin de chez eux. « Le rêve des cinq prochaines années ne doit pas être un projet comme celui-là. Si je vous disais cela, je vous mentirais », avait très clairement affirmé Emmanuel Macron le 1er juillet, à Rennes, après la mise en service de la LGV, face aux cadres de la SNCF. Et de vanter la priorité aux « transports du quotidien », aux économies budgétaires et aux « infrastructures existantes insuffisamment entretenues »… Prémonitoire.

A lire dans le détail ici.

Signalisation. © Olivier RazemonPriorité aux lignes régionales. Ce n’est pas seulement le Président de la République qui s’est converti, faute d’argent public, aux transports de proximité, comme le réclament les association d’usagers depuis des années. Le Premier ministre a confirmé la doctrine lors de sa déclaration de politique générale, à l’Assemblée nationale, le 4 juillet. L’antienne a été reprise quelques jours plus tard par Mme Borne, dans une interview au quotidien Les Echos. Pour les années qui viennent, « 10 milliards d’euros de projets d’infrastructures ont été annoncés sans être financés », a calculé le ministère des transports. La ministre s’est même fendue, le soir du 12 juillet, d’une visite à un chantier ferroviaire nocturne, dans la Nièvre. Il s’agissait de l’entretien d’une ligne de chemin de fer entre Neuvy-sur-Loire et Nevers, où circulent des trains régionaux et des Intercités.

Pressions fortes. Malgré ces prises de position fermes, de nombreux élus, comme les présidents des régions Nouvelle Aquitaine et Hauts-de-France, Alain Rousset (PS) ou Xavier Bertrand (LR) ont passé leur mois de juillet à réclamer, qui sa LGV, qui son canal à grand gabarit. Même des députées de la majorité, Geneviève Darrieussecq dans les Landes ou Jacqueline Maquet dans le Pas-de-Calais, espéraient convaincre le gouvernement de ne pas renoncer à ces infrastructures majeures.

Avec l’incident majeur de la gare Montparnasse, la situation a changé. Le discours prémonitoire de M. Macron peut devenir réalité. A la SNCF, la panne a tourné à la panique. Tout le monde est enfin en mesure de comprendre que, pour désenclaver un territoire, on a davantage besoin, dans les villes moyennes par exemple, de couloirs de bus réservés, de trains régionaux ponctuels ou de coordination entre les opérateurs que de dispendieuses lignes à grande vitesse.

Olivier Razemon (l’actu sur Twitter, des nouvelles du blog sur Facebook et des pictogrammes sur Instagram).

Pourquoi on a moins besoin de grands projets et davantage besoin d’une attention aux détails

On veut des prises dans les trains, pas des LGV (avril 2013)

Les usagers du TER « sacrifiés » au profit des clients du  TGV (novembre 2012)

Plongée iconoclaste dans le monde merveilleux de la mobilité du futur (juin 2017)

Ces détails qui expliquent les retards du RER B (février 2013)

Futures gares du Grand Paris : attention, images non contractuelles  (novembre 2014)

Et pour résumer, à voir sur Brut:

 

 

 

 

 

 

 

118 réponses à « Gare Montparnasse: le discours prémonitoire d’Emmanuel Macron »

  1. Avatar de Pierr Charlo
    Pierr Charlo

    « Pour les années qui viennent, « 10 milliards d’euros de projets d’infrastructures ont été annoncés sans être financés », a calculé le ministère des transports. »

    Autrement dit, moins de grands projets nationaux : il ne faudrait tout de même pas que le train (électrique) fasse concurrence aux cars Macron (et autre moyens de transports à moteur diesel ou essence)

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  2. Avatar de Mathieu ✐ (@slasherfun)
    Mathieu ✐ (@slasherfun)

    Pour les spécialistes de la recherche de cause de panne en quelques minutes, de la redondance infaillible, ou juste pour les curieux, le rapport d’incident est ici : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/2017_08_03_rapport_incident_montparnasse.pdf

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    1. Avatar de XS
      XS

      Merci Mathieu,

      On peut lire p23
       » La fiabilité du poste de signalisation de Vanves
      a été impactée par les travaux réalisés à
      l’occasion des mises en service des nouvelles LGV.
      Or en Ile de France, le doublement du
      volume d’investissement depuis 2010 et la croissance qui va suivre conduit à concentrer les
      travaux sur les installations existantes. Dans ce contexte de charge élevée et de délais
      contraints, la traçabilité et le suivi des interventions et la coordination des différents lots
      techniques revêtent une importance cruciale.
      Recommandation 1:
      Mieux organiser la traçabilité des interventions et
      leur partage entre les différents intervenants
      (organismes d’études, intervenants travaux, mainteneurs).
      Numériser la documentation des postes d’aiguillages
      Responsable : Direction de l’ingénierie – SNCF Rese
      au.
      Délai : six mois pour premiers pilote et présentation d’un plan de déploiement  »

      Donc il y a des budgets, mais on avait oublié des points importants: coordination, retour d’expérience, numérisation.

      Sur ce périmètre, la LGV et les lignes de banlieue sont forcément liés.

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  3. Avatar de Minato
    Minato

    Je vais vous raconter un future alternatif.
    Un futur où la France n’aurait pas investi dans les LGV et vu la part du train diminuer par rapport â l’avion.
    Pas de train du quotidien performant non plus à cause de la répartition de la population et des emplois.
    Gares loin de tout et centre-villes muséeifiés.
    Donc un réseau ferré delaissé et en ruine où les seules trains transportant un peu de monde sont les liaisons de banlieues parisiennes.
    C’est un futur alternatif tout à fait plausible et qui s’est déjà vu.

    Le problème avec l’idéologie s’est qu’elle ne regarde pas les choses de manière globale et préfère se concentrer sur un coupable (ici le méchant TGV).
    Les japonais ont investi dans de nouvelle infrastructure et ça ne l’empêche pas d’avoir un réseau performant.

    Les américains n’ont pas investi et ils ont un réseau en ruine. L’argent qui n’a pas servit à créer de nouvelle lignes n’a pas non plus servit à moderniser l’existant.

    On ne peut pas être dans un schéma simpliste de modernisation contre nouvelle infrastructures. Il y a des cas où les nouvelles infrastructures sont nécessaires et où l’existant ne correspond plus au besoin.
    Dans un pays comme la France où la densité est faible mais où l’on trouve des foyers de population partout, nous faisons face à un dilemme du vitesse contre desserte fine.
    Privilégier la desserte fine c’est faire des lignes trop lente et donc peu attractive pour la majorité mais privilégier la vitesse c’est mettre à l’écart une partie de la population.
    Il est souvant difficile de faire cohabiter de manière efficace desserte fine et vitesse sur les mêmes infrastructures.

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    1. Avatar de Christian
      Christian

      Minato, c’est correcte, on doit faire les deux : construire de nouveau, et maintenir l’existant. Idéalement à la même temps.

      Le problème du réseau ferroviaire en France : on investissait pour construire du nouveau (les LGV), mais on ne maintenait pas l’existant.

      Donc, il y’a pas mal des LGV, mais l’existant est dans un état minable. Dit autrement il y’a un déséquilibre. Et pour regagner l’équilibre il faut – après avoir privilégié les LGV pour les décades – maintenant privilégier la maintenance.

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    2. Avatar de Olivier Razemon
      Olivier Razemon

      Personne ne propose de supprimer les lignes à grande vitesse existantes. En revanche, il est nécessaire de se demander s’il faut continuer à les multiplier, alors que les gens qui les empruntent ont moins besoin de vitesse qu’avant et que leur coût est exorbitant par rapport à l’usage qui en est fait.
      OR

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      1. Avatar de Antoine
        Antoine

        Pourquoi « moins besoin de vitesse qu’avant » ? J’ai l’impression que vous prenez vos lubies personnelles pour des généralités.

        Si on continue à construire tant d’autoroutes en France, ce n’est pas parce que les gens auraient « moins besoin de vitesse qu’avant ». Idem pour le boom du transport aérien.

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      2. Avatar de Stephane
        Stephane

        Il y avait besoin de transport avant, parce que les moyens de communication etait faiblards.
        Ce n’est plus le cas.
        Le transport personnel sur des grandes distances est purement du tourisme, et quand on est en vacances on est pas presse.

        Le boom tu transport aerien est juste du a l’augmentation du nombre de touriste chinois.
        Rien d’autre. Aucun ‘besoin’ la dedans. (et il crevera a la prochaine augmentation du prix du baril, probablement definitivement, quand on voit sa fragilite dans le temps)

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      3. Avatar de Antoine
        Antoine

        Le transport personnel sur des grandes distances est purement du tourisme

        Affirmation qui demanderait à être étayée par des études précises. Quelque chose me dit que vous n’en avez aucune à votre appui.

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      4. Avatar de WaterBoy
        WaterBoy

        Et bien pour ma part, j’ai parfois dû aller sur le littoral depuis mon bureau parisien, car malgré les moyens de communication, quand ça fargue mal, il faut mettre du corps à l’ouvrage et se déplacer.
        Et même chose pour mes collègues.

        Et ça, je le fait en train, dans le cadre de mon travail.

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      5. Avatar de Olivier Razemon
        Olivier Razemon

        En effet, on a aussi moins besoin de vitesse en avion et en voiture.
        Cette course permanente à la vitesse cause énormément de nuisances, pour chacun d’entre nous comme pour l’ensemble de la société, sans parler de ce qui nous sert de poubelle: la terre.
        OR

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      6. Avatar de Antoine
        Antoine

        En effet, on a aussi moins besoin de vitesse en avion et en voiture.

        C’est qui « on » ? Vous avez demandé aux usagers ? Où sont les enquêtes qui permettent de valider une telle affirmation ?

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      7. Avatar de WaterBoy
        WaterBoy

        Qui est ce « on »?

        Quand je dois aller à une réunion/mise ua point/inspection à Paris/ville de province depuis Paris/autre ville de province, je n’ai pas « besoin de vitesse »? Je ne vais pas non plus y passer deux jours rien que pour me déplacer.

        C’est pareil pour mes congés. je en suis pas partisan de prendre une journée rien que pour le trajet aller, et autant pour le retour, lorsque je veux aller voir de la famille ou des amis.

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  4. Avatar de pedibus
    pedibus

    Olivier sous-secrétaire d’Etat du grand Pharaon Kronkron…. !

    et viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite… !

    il sera spécialement chargé de la surveillance du grand Système Neuneu Carrément Foutraque… !

    boaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

    Sinon excellent article, comme d’hab.

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    1. Avatar de emmp
      emmp

      Tiens, t’es revenu de vacances, Pédibus-le-Boa ? Tu avais pris le train ou le vélo ?

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      1. Avatar de pedibus
        pedibus

        non ma chère….! peuh…!

        pense-donc : mes jambes à mon cou, pardi… !

        bisous…

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  5. Avatar de Fab
    Fab

    Bonjour Olivier et merci pour votre blog toujours très intéressant !

    Tout le problème est qu’il y a de fortes chances que le « priorité aux transports du quotidiens » ne soit qu’un artifice de com commode pour se débarrasser des projets LGV infinançables… sans que les « transports du quotidien » n’en voient jamais la couleur.

    On a eu droit à un discours similaire sous la présidence Hollande, qui en pratique n’aura permis de faire naître aucun projet de LGV (puisque les LGV EE2, SEA, BPL et le contournement Nîmes-Montpellier étaient déjà en travaux en 2012)… mais aura « en même temps » été catstrophique pour les autres trains. Le prix au train.km facturé par la SNCF aux régions a pris des proportions complètement folles par rapport à ce qui se fait en Allemagne, et aura en tout cas réussi à casser la dynamique de fort développement du TER qui avait suivi la réforme de la régionalisation en 2002. Les augmentations délirantes des péages ferroviaires sur LGV depuis le milieu des années 2000 ont même réussi à plomber le modèle économique du TGV !

    Il est tout à fait possible avec un peu de volonté (taxe poids lourds, quelques centimes de taxe carbone) de mener de front investissements et entretien mais il est tellement plus commode pour un homme politique de jouer l’un contre l’autre…

    Contrairement à vous, je pense qu’il y a encore un potentiel pour la grande vitesse en France, moyennant une politique de péages et de financement intelligente notamment avec Bordeaux Toulouse et Marseille-Nice…

    Merci encore pour votre blog.

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  6. Avatar de Nath.
    Nath.

    Il y a une chose à préciser que nos dirigeants n’ont fait que déclarer à demi-teinte, c’est le problème survenu dimanche dernier au poste d’aiguillages de Vanves qui est dû à un manque de rigueur d’une entreprise privée qui a bâclée son travail. Au final, la SNCF répare les pots cassés et prend tout sur elle. Autre chose, ce n’est pas elle qui a investi 7,8M€ sur les LGV, c’est l’État on les concédants pour 50 ans au secteur privé à savoir Vinci. Et comme vinci n’est pas capable de faire correctement du ferroviaire et veut absolument faire du bénéfice, elle a crié au secours à ses copains du gouvernement pour obliger la SNCF à faire circuler les TGV à déficit sur ces nouvelles voies à grande vitesse.
    Analysons les choses jusqu’au bout, la SNCF étant une entreprise d’Etat, que les ministres arrêtent de dire que les voies manquent d’entretient puisque ce sont eux qui débloquent les fonds à la base après demande de la SNCF.
    Mais bon, c’est comme pour le tunnel du Mt-Blanc, il faut attendre un gros accident pour relever les manches…

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