
Autant le dire franchement. Alors que, ce week-end de janvier, on attend la nomination hypothétique d’un secrétaire d’État aux transports, le monde des acteurs de la mobilité, transport public, vélo, transport par autocar, covoiturage, etc., est déjà en train de regretter celui qui avait rang de ministre délégué.
Clément Beaune, dès sa nomination en juillet 2022, était allé à la rencontre de chaque sous-secteur de la mobilité. Il essayait de comprendre, regardait d’un œil neuf, avançait des idées, souvent en accord avec sa Première ministre, qui l’avait devancé (2017-2019) à ce poste: RER métropolitain, avenir du ferroviaire, industrie du cycle, financement des transports franciliens, régulation des trottinettes en libre-service.
« C’est Bercy qui décide ». Certes, tout le monde ne partageait pas forcément les idées du ministre, « ticket unique » dont on ne voyait pas très bien à quoi cela pourrait servir, « Pass Rail » à l’allemande à un prix réduit, alors que « l’essentiel c’est l’offre », il le disait lui-même. On aurait aimé qu’il aille plus loin, qu’il annonce la fin des autoroutes inutiles ou davantage de ressources financières pour les transports en commun. On savait pertinemment que « c’est Bercy qui décide », et que Bercy n’aime pas trop le transport public, générateur de dépenses pour une rentabilité qui ne s’exprime pas en euros, mais en bien-être, en temps gagné et en économies de carbone.
Mais tout de même, on s’habitue vite à un ministre, surtout quand il s’intéresse à ce que vous faites. L’élu de Paris aimait recevoir dans le jardin de l’hôtel particulier qu’il occupait, tout au fond du ministère de la transition écologique, derrière les cours transformées en parking. Il distillait, avec un léger chuintement, ses analyses de l’actualité du moment, connaissant chaque sujet sur le bout des doigts: les plans vélo successifs, le statut des aiguilleurs du ciel, les applis de covoiturage, les ZFE, la préparation des JO, etc. Fondatrice de l’association Femmes en mouvement, Marie-Xavière Wauquiez rappelle que Clément Beaune « a fait adhérer le ministère et lancé la campagne ‘Levez les yeux’ » contre les agressions sexuelles dans les transports.
« Le célèbre Djebbari ». En mai dernier, lors d’un colloque de la FNAUT auquel assistaient les principaux acteurs du secteur, Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, racontait comment il avait négocié un contrat de plan avec le prédécesseur de Clément Beaune, « le célèbre Djebbari », et toute la salle avait éclaté de rire. Car Jean-Baptiste Djebbari était l’antithèse de Beaune. Il passait pour quelqu’un qui ne travaillait pas les dossiers, ne connaissait pas les arcanes du secteur, n’avait pas d’ambition particulière pour une mobilité sobre et décarbonée.

Un ministre intelligent et travailleur lui avait donc succédé. Le petit monde des transport, si essentiel pour la transition écologique qui ne fait même plus partie des priorités du gouvernement Attal, se pinçait pour y croire. Il se pince désormais en réalisant que « leur » ministre n’est plus au gouvernement.
Merci Clément Beaune.
Olivier Razemon (l’actu sur Twitter et sur Mastodon, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).
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