
« On ne peut plus se garer », le refrain est archi connu, et sert même de programme à des candidats aux municipales de mars 2026, qui croient ainsi faire plaisir au plus grand nombre.
Parfois à tort. Comme le révèle une enquête effectuée à Privas, préfecture de l’Ardèche, 8500 habitants. Deux associations, Privas cœur de ville, qui rassemble les commerçants, et Modal, qui promeut l’usage du vélo, ont sondé les commerçants et les clients de la ville.
Les résultats, publiés le 9 janvier, sont étonnants. La piétonisation de la rue de la République, une rue où la vitesse est limitée à 30 km/h, qui traverse le centre-ville et sert souvent aux automobilistes de « raccourci », est souhaitée par une majorité de commerçants. Ils en espèrent une augmentation de la fréquentation, davantage de touristes, moins de pollution. Moins de 20%, seulement, n’y voient « aucun avantage ».
Les clients d’accord avec les commerçants. Les mêmes questions posées aux clients aboutissent à des résultats similaires, comme on le voit sur le graphique ci-dessous (certes artisanal, les couleurs n’obéissant à aucune logique). Une majorité de clients jugent que la piétonisation ne comporterait « aucun inconvénient », tandis que d’autres s’inquiètent de l’accès des personnes à mobilité réduite ou des livraisons (qui demeurent l’un et l’autre possibles dans une rue piétonne).

Le centre-ville plus attrayant que la zone commerciale. Ces résultats s’accompagnent d’un intérêt visible pour le centre-ville qui, à Privas, subit la concurrence de ce que tout le monde appelle « la zone du lac », une zone commerciale où il n’y a d’ailleurs plus aucun lac depuis longtemps.
Si les clients pouvaient trouver, en ville, tout ce dont ils ont besoin, ils choisiraient sans hésiter les commerces du centre. Pour le dire autrement, l’extension continue de la « zone du lac » ces dernières années ne répond pas à la demande de la clientèle. Parmi les raisons qui amènent les Privadois à se rendre en ville, on note la part importante des marchés forains, qui se tiennent le mercredi et le samedi. Dans une ville de cette taille, le marché hebdomadaire est un repère majeur et un lieu de convivialité indispensable.
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Se garer toujours au même endroit. Enfin, j’observe avec un certain étonnement les réponses à une question sur le lieu de stationnement. Les clients citent spontanément un parking, celui où ils ont leurs habitudes. Seules environ 10% des personnes interrogées répondent: « ça dépend ».
Ainsi, chacun a ses habitudes de stationnement, et ceci fait même l’objet de discussions de comptoir animées. Certes, chacun pourrait choisir de garer sa voiture à des endroits différents selon le temps qu’il fait, les éventuels paquets à transporter, la diversité des activités prévues. Mais non, les automobilistes infidèles à leur parking sont rares.
Cela confirme que, à Privas comme ailleurs, les nombreux parkings ne sont pas assez signalés, jalonnés, mis en valeur. De nombreuses places demeurent vides, soit la journée (ceux qui sont le plus excentrés), soit le soir et le week-end (celui du conseil départemental qui se trouve pourtant à côté du théâtre, et pourrait ainsi servir de délestage).

Bref, avant de promettre la création de nouvelles places de stationnement, ou la gratuité de celles-ci, les candidats aux municipales auraient intérêt à lancer un audit des parkings existants, et à s’interroger, comme l’ont fait les commerçants et habitants de Privas, sur les avantages d’une piétonisation.
L’interconnexion est de retour! Cet article est publié sur mon nouveau blog, qui porte le même nom que l’ancien, hébergé de 2012 à 2024 sur le site du Monde: L’interconnexion n’est plus assurée. Tous les articles du blog du Monde sont transférés ici.
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