Jean-Michel Aulas, lors de sa conférence de presse, à Lyon, le 11 mars 2026.

« Liberté », « travaux », « fluidité », « accéder », « parkings relais », « gratuité des transports gratuits ». Invité à présenter ses mesures en faveur du commerce de proximité, Jean-Michel Aulas, candidat « de la droite et du centre » à la ville de Lyon, ne répond que par des termes qui évoquent la mobilité. Le mercredi 11 mars, à quatre jours du premier tour des élections municipales et métropolitaines, dans la petite salle bondée du Club de la presse de Lyon, le candidat ne prononce pas le mot « voiture », mais il ne pense qu’à cela. En revanche, celui qui cultive des liens étroits avec le monde des affaires ne dit pas un mot des zones commerciales ni de la fast-fashion, qui tuent les commerces, ni l’animation de la ville ou de la coordination du commerce, qui pourraient les aider.

Au cours du mandat municipal qui s’achève, à Lyon et dans sa Métropole, comme dans la plupart des villes de France, l’espace octroyé à la voiture a été réduit au profit des aires piétonnes, des rues aux enfants et des pistes cyclables. Or, Jean-Michel Aulas n’apprécie pas. Celui qui rappelle toutes les dix minutes environ qu’il a présidé le club de football de la ville, s’est engagé en politique suite à un tweet vengeur émis en janvier 2025, alors que sa voiture était coincée dans un embouteillage, comme l’a rappelé, dans un excellent portait, le correspondant du Monde à Lyon.

Une « voie lyonnaise » sous la neige. Janvier 2026.

Revenons au commerce. Toutes les études, dans les grandes, moyennes et petites villes, en France et dans le reste de l’Europe, montrent, depuis 20 ans, que l’extension de parkings, leur gratuité, la création de nouveaux axes routiers, n’a aucun effet sur la fréquentation des commerces. Ainsi, à Lyon, 80% des personnes qui fréquentent la presqu’île y viennent sans voiture. Mathieu Chassignet, ingénieur à l’Ademe, compile toutes ces données. En revanche, c’est parce que l’espace public est agréable, que des enfants peuvent courir sans crainte, que le patrimoine bâti est valorisé, que l’on fréquente une ville. Même les spécialistes du commerce le reconnaissent désormais, après l’avoir longtemps nié.

Pourtant, certains commerçants affirment qu’avec davantage de parkings, de préférence gratuits, leurs affaires se porteraient mieux. Ce hiatus s’explique principalement ainsi: les seuls clients qui, dans une boutique, évoquent spontanément la manière dont ils se déplacent, ce sont les personnes qui se plaignent d’avoir rencontré des difficultés pour se garer. Pour le dire autrement, 100% des râleurs sont des automobilistes frustrés. Ceci est à lire en détails ici.

J’ai donc demandé à Jean-Michel Aulas pourquoi il voulait davantage de voitures en ville. Il a secoué la tête vigoureusement puis a répondu que mais non, mais non, il n’encourageait pas la circulation motorisée. Avant de dire exactement l’inverse. Car, tout de même, il faudrait « débloquer un certain nombre de points », à commencer par « une transversale rue Grenette » qui traverse la presqu’île d’est en ouest, et aussi des bus rue de la République (axe nord-sud de la presqu’île), parce que «les trottinettes et le vélos ne respectent aucune règle». Aucun rapport, mais bon. Bienvenue au comptoir du bistrot.

La rue de la République, sur la presqu’île, piétonnisée en juin 2026.

La liste des points « à débloquer » n’est pas finie. Avenue des Frères Lumière, « on a bouclé tout un quartier », assure l’homme d’affaires, qui mentionne aussi « la montée du Chemin neuf, et l’avenue Rockefeller ». Pour ceux qui ne connaîtraient pas ces axes, leur point commun est qu’ils ont tous été réaménagés ces dernières années pour y installer une « voie lyonnaise », piste cyclable structurante. Les candidats « de la droite et du centre », tant pour la ville de Lyon que pour la Métropole, promettent pourtant qu’elles n’ont pas l’intention de démanteler le réseau cyclable. La liste des pistes cyclables à supprimer, qui se limitait à Rockefeller et des Frères Lumière au début de la campagne, semble s’allonger.

Parfois, Jean-Michel Aulas s’agace. Et la circulation, les embouteillages, font partie des sujets qui l’agacent. Un truc l’insupporte, en particulier, c’est que « les Lyonnais passent 5 jours par an dans les embouteillages ». En réalité, c’est 77 heures (donc trois jours), selon TomTom (un éditeur de planification d’itinéraires, ben oui), moins qu’à Nantes ou Nice. Le mythe de « Lyon, ville plus embouteillée de France » a été démonté en février par la Tribune de Lyon.

Foyers sans voiture. Jean-Michel Aulas sait-il seulement qu’à Lyon, où il est candidat, 40,8% des foyers ne possédaient pas de voiture en 2022 selon l’Insee? Cette proportion avait alors nettement augmenté par rapport à 2011 (36,2%). La part des foyers non motorisés progresse aussi dans la plupart des villes de la première couronne lyonnaise, Villeurbanne, Oullins, Sainte-Foy-lès-Lyon, etc.

C’est un grand classique du lobby automobile: faire croire que « tout le monde a une voiture » et que « tout le monde doit s’en servir tous les jours ». A un moment où les cours du pétrole montent soudainement, ne serait-il pas temps, au contraire, de rappeler aux citadins que de nombreux trajets peuvent se faire autrement qu’en voiture?

J’ai aussi demandé à Jean-Michel Aulas pourquoi il promettait la gratuité des transports publics aux seuls Lyonnais à condition qu’ils gagnent moins de 2500€, alors que la gratuité, comme l’a rappelé la Cour des comptes en septembre 2025, n’apporte aucun report modal de la voiture, mais réduit le nombre des trajets à pied et à vélo.

Il ne m’a pas répondu.

Olivier Razemon

Panneaux électoraux, Lyon. Mars 2026

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