On n’a pas fini de s’amuser avec le redécoupage des régions. Chaque média a dessiné ses cartes, imaginé un « redécoupage idéal », ou proposé à ses lecteurs de faire de même. Depuis l’annonce du redécoupage, le lundi 2 juin au soir, Libération joue à comparer les nouvelles entités, en terme de PIB, de taux de chômage ou de miss France élues tandis que les « Décodeurs » du Monde s’intéressent à l’impact électoral de la fusion.

La société Data-publica s’est livrée à un petit jeu d’un autre genre. Avec une application baptisée Regionator 3000 (disponible ici), ce sont les déplacements quotidiens entre les départements, quel que soit le moyen de transport utilisé, qui décident des limites entre les nouvelles entités territoriales. Autrement dit, plus il y a de trajets entre deux départements, plus ceux-ci ont de chances de se retrouver dans la même unité. A chacun de choisir le nombre de régions souhaité, 14, 22 ou pourquoi pas 3. Les données des déplacements, issues des documents publiés par l’Insee, génèreront automatiquement une carte. En principe, les départements associés au sein d’une même région doivent être contigus ce qui n’empêche pas, pour certaines cartes, un « bug », la Bretagne étant liée à la Corse…

Allô, Bordeaux? Ici Périgueux. Cette réorganisation basée sur « le bigdata » n’est après tout pas plus stupide que le redécoupage sur un coin de table, entouré de quelques conseillers… D’ailleurs, Serge Antoine, le jeune énarque qui avait, en 1956, dessiné la carte des actuelles régions s’était notamment basé sur les données des appels téléphoniques, rapporte L’Express. Puisqu’à Nîmes on appelait davantage Montpellier que Marseille, le Gard s’était retrouvé dans le Languedoc et non en Provence. De même, Périgueux téléphonait plus à Bordeaux qu’à Limoges, ce qui avait valu à la Dordogne d’être rattachée à l’Aquitaine plutôt qu’au Limousin…

Les bassins d’emploi. Regionator 3000 dessine, en quelque sorte, les bassins d’emploi, et cela recèle quelques belles surprises. On observera ainsi que pas une carte, ni celle qui comprend 22 régions, ni celle qui en compte 14, ni aucune autre, ne ressemble au découpage actuel. Ce qui signifie que les limites choisies ne sont pas très pertinentes, en tous cas du point de vue des transports et des échanges.

Alsace-Lorraine, deux Normandies. La carte des bassins d’emploi la plus pertinente car la plus affinée (donc avec 22 entités) raconte par ailleurs pas mal de choses. Ainsi, l’Alsace et la Lorraine sont manifestement très proches, n’en déplaisent à ceux qui mettent en avant l’identité alsacienne pour espérer conserver un conseil régional pour eux seuls. Le Nord-Pas-de-Calais, en revanche, présente une belle unité géographique, tout comme, à l’autre bout du pays, les départements de la Drôme et de l’Ardèche. L’Ile-de-France est partagée entre est et ouest, ce qui réfute l’idée reçue selon laquelle l’on construirait des logements à l’est et des bureaux à l’ouest.

Nantes n’est pas en Bretagne. La Loire-Atlantique, qu’on le veuille ou non, est bien plus tournée vers ses voisins de la région Pays de la Loire, Vendée et Maine-et-Loire, que vers la Bretagne. Et il en est ainsi sur la plupart des cartes générées par Regionator, sauf évidemment lorsqu’on dessine de très grandes régions. Les deux Normandies sont bel et bien séparées et se rattachent même, pour l’une, à l’ouest de la Picardie, et pour l’autre, à la Sarthe et à la Mayenne. Lyon regarde vers le nord, Marseille vers l’ouest, Dijon vers le sud et Toulouse vers l’est. Bien sûr, les cartes prendraient d’autres formes si elles intégraient d’autres données de déplacements journaliers, ceux des frontaliers. On verrait sans doute se rapprocher Nice et Monaco, la Moselle et le Luxembourg ou encore le Haut-Rhin et les cantons de Bâle. Cela s’appelle faire l’Europe.

Les têtes chercheuses de Data-publica ont poussé le jeu jusqu’à créer « un petit algorithme pour générer automatiquement un nom à partir des noms des anciennes régions ». Bienvenue en Pyréssillon, Losace ou Poiquitane. Et vivement le redécoupage des structures intercommunales, qu’on continue de s’amuser !

D’autres élucubrations cartographiques

L’intercommunalité, cet objet territorial mal identifié qui porte un nom bucolique

Quand la carte géographique se fait peinture murale

 

 

 

171 réponses à « Regionator, la carte de France dessinée par les trajets quotidiens »

  1. Avatar de kro-magnon
    kro-magnon

    Le départements ont bien été définis par la demi journée de cheval, alors pourquoi pas les régions aujourd’hui avec les transports. Les départements on bien vécu prés de 300 ans.

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  2. Avatar de Benoit
    Benoit

    Au moins on a une vraie base de travail.

    Merci de nous faire decouvrir ces outils.

    Cela ressemble au final a autre chose que la reforme en cours a croire que nos elites ne savent pas travailler avec les stats

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    1. Avatar de lululanantaise
      lululanantaise

      reste à savoir ce qui est mesuré pour construire cette base de données.
      la loire-atlantique n’a d’autoroutes payantes qu’avec les autres départements de PdL.
      et quand on observe les transferts routiers Nantes-Rennes dans les 2 sens, on voit clairement qu’il est supérieur !
      et si les PdL avaient accepté de développer une voie ferrée Nantes-Rennes (100 km), on n’en serait pas là.

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      1. Avatar de jyr
        jyr

        Une petite remarque à propos des Nantais qui voudraient, soit-disant, être rattachés à la Bretagne : peut-être lulu auriez-vous pu écrire, « un certain nombre de Nantais voudraient pouvoir se dire Bretons, sans aucun doute d’ailleurs, les enfants des immigrés bretons ayant essentiellement peuplé Chantenay ». J’ai bien peur que la majorité des habitants de Loire-Atlantique, dont une grande partie des Nantais, ne veuillent être rattachés à la Bretagne. D’autant plus que le repli identitaire breton (la L-A, mais surtout pas les autres) constitue un repoussoir pour bon nombre d’entre eux. Et si jamais quelqu’un répond, qu’il m’épargne les leçons d’histoire simplistes… En revanche, je trouve les cartes proposées par OR très intéressante. Peut-être mm qu’Aliénor d’Aquitaine y retrouverait ses petits !
        Un Nantais,originaire des Côtes du Nord.

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  3. Avatar de xavierc
    xavierc

    Donc d’après bigdata, la Loire Atlantique n’a rien à voir avec la Bretagne.
    Bigdata participe donc du jacobinisme étroit…

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  4. Avatar de Roger
    Roger

    Vous écrivez « ce sont les déplacements quotidiens entre les départements, quel que soit le moyen de transport utilisé, qui décident des limites entre les nouvelles entités territoriales », or sur l’application, il est indiqué « La proximité géographique et les mobilités professionnelles interdépartementales quotidiennes sont prises en compte. ». Ce n’est pas exactement la même chose. Ce n’est pas l’unique fait que deux départements génèrent entre eux le plus de déplacement qui provoque leur rattachement. D’ailleurs des département change radicalement d’entité quand on fait varier le nombre de régions sur l’application. Sans parler du rattachement comique de la Bretagne à la Corse. Il faut prendre cette appli plus comme un jouet que comme quelque chose de fiable, et éviter d’en tirer des conclusions.
    De plus, on ne peut pas dire que le découpage à 22 régions est le plus pertinent pour analyser quels départements sont les plus proches, alors que nous ne savons pas quel algorithme se cache derrière l’appli.
    Enfin, vous écrivez « La Loire-Atlantique, qu’on le veuille ou non, est bien plus tournée vers ses voisins de la région Pays de la Loire, Vendée et Maine-et-Loire, que vers la Bretagne. ». Vois n’avez pas vu qu’à 11, 12, 13 et 18 régions, la Loire-Atlantique est rattachée toute seule à la Bretagne, sans ses autres voisins ?
    Bref je trouve que l’appli est amusante, mais que cet article est très maladroit dans ses conclusions.

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    1. Avatar de Olivier Razemon
      Olivier Razemon

      Au risque de me répéter, c’est le découpage à 22 qui est le plus pertinent pour observer les tendances, car il est le plus fin.
      OR

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      1. Avatar de djakk
        djakk

        Celui avec la région Bretagne-Corse et avec l’Île-de-France coupée en 2 ? 8)

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      2. Avatar de eeed
        eeed

        le problème c’est que vous répétez une ineptie
        la méthode de regroupement étant à l’évidence instable et non robuste, le regroupement à 22, à 140, de patates avec des stylos bics, donnera toujours le même genre de résultats : biaisé, dans lesquels on peut dire ce qu’on veut.

        avec cette méthode c’est évidemment à 22 que c’est le plus fin. pour autant on peut rien tirer de réel tant que la méthode ne sera pas améliorée.

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  5. Avatar de François Pelatan
    François Pelatan

    Je voudrais bien voir les chiffres réels de ces données sur deux exemples de départements, parce que ces chiffres de déplacements quotidiens on peut leur faire dire n’importe quoi, il y a aussi les déplacements hebdomadaires et mensuels……moi je vais une fois par semaine en réunion à Bordeaux et il y a des milliers de gens comme ça…..

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  6. Avatar de Roche Dominique
    Roche Dominique

    Je ne comprends toujours pas comment sont calculées les régions. Pour la Loire, entre 11 et 22 régions elles est plus souvent avec le Puy-de-Dôme qu’avec le Rhône, mais: il y a nettement plus de gens de la Loire qui vont dans le Rhône que dans le Puy-de-Dôme et il y a nettement plus de gens du Rhône qui viennent dans la Loire que de gens du Puy-de-Dôme!!!
    Enfin, si on peut accorder un minimum de confiance à ce système, cela montre que tant le découpage actuel des régions que celui proposé par le gouvernement ne sont pas pertinents. Il faut redécouper les régions actuelles.

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    1. Avatar de Job
      Job

      Si le futur découpage est aussi clair que votre charabia on n’est pas sorti de l’auberge !

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      1. Avatar de Roche Dominique
        Roche Dominique

        Dans quel le département le plus grand nombre de gens de la Loire vont travailler : le Rhône
        De quel département vient le plus grand nombre de gens qui travaillent dans la Loire: le Rhône
        Comment une carte basée sur les déplacements pour le travail ne met pas la Loire et le Rhône dans la même région?

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    2. Avatar de djakk
      djakk

      La Loire ne se met pas avec le Puy-de-Dôme, mais avec la Haute-Loire ! En effet, Saint-Étienne est proche de la frontière, du coup sa banlieue déborde en Haute-Loire, ce qui entraîne beaucoup d’échanges entre les 2 départements, qui sont comptés bien qu’ils fassent moins de 25km.

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      1. Avatar de Roche Dominique
        Roche Dominique

        Ces cartes montent la proximité de la Loire et de la Haute-Loire qui est réelle. En revanche, je m’étonne en faisant varier le nombre de région d’une proximité de la Loire avec le Puy-de-Dôme et non avec le Rhône. Cet outil semble un peu technocratique.

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      2. Avatar de djakk
        djakk

        Loire et Haute-Loire sont presque toujours indépendants du Puy-de-Dôme.

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  7. Avatar de BOUSIGUE
    BOUSIGUE

    C’est surtout le produit de plus de trente ans de « décentralisation ». Echec cuisant, de là à l’imputer au seul politique qui n’a jamais eu de responsabilités en la matière? D’accord il n’était pas loin, mais oublier tous ceux qui ont contribué à mettre le pays dans l’état où il se trouve aujourd’hui…

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  8. Avatar de Mikael Bodlore-Penlaez

    Si la Loire-Atlantique est aujourd’hui détournée du reste de la Bretagne, ce n’est pas uniquement un fait naturel mais plus une volonté politique. La région Pays de la Loire met en oeuvre une propagande qui n’est pas digne d’une collectivité territoriale pour débretonniser le Pays nantais. De plus ceci s’explique aussi beaucoup par la médiocrité des infrastructures entre Nantes et la reste de la Bretagne. Prenant régulièrement cette route entre La Roche-Bernard et l’embranchement de Saint-Nazaire la route (pourtant 2×2 voies) est dans un état lamentable. Ne parlons même pas de l’axe Rennes – Nantes qui n’est pas digne de la liaison entre deux des plus grandes métropoles françaises. On se retrouve sur une vulgaire nationale. Quant au TER, bravo les cadences… Il s’agit en définitive plus d’une volonté politique de séparer des territoires qui ont pourtant été solidaires de longs siècle que d’un fait naturel. Les migrations entre les villes sont le résultat des moyens que l’on y met.

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  9. Avatar de Deb
    Deb

    Si on connaît l’origine des données
    (http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?reg_id=99&ref_id=mobilite-professionnelle-10)
    , cette visualisation a ces limites:
    – Concerne juste les trajets quotidiens professionnels or on parle de structures politiques ici
    – On ne connaît pas la fonction de distance utilisée (complete, simple, median…)
    – On ne connaît pas la méthode d’optimisation (tabou, recuit simulé, évolutionniste…) ni la solution initiale
    – Omet de nombreux critères (homogénéité sociale/politique, tailles inter-régions similaires, contiguité)
    – N’affiche pas de statistiques d’optimalité permettant de choisir un nombre de régions.
    – Problèmes de stabilité de l’algorithme: la Bretagne est 7 fois sans le 44 et 4 fois avec dans les solutions avec 9 régions ou plus.

    Des études similaires ont été réalisées et adoptées avec succès dans le passé
    Designing New Electoral Districts for the City of Edmonton; Bozkaya, Burcin and Erkut, Erhan and Haight, Dan and Laporte, Gilbert; Interfaces 2011

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  10. Avatar de ESCAFIT Joan-Loís
    ESCAFIT Joan-Loís

    Prendre les départements comme découpage de référence comme angle d’entrée pour découper les régions selon les déplacements est une totale aberration méthodologique. Du point de vue des déplacements les plus fréquents, la meilleure référence est constituée par les 304 zones d’emploi (et non 96 départements dont certains très multipolaires) tracée par l’INSEE sur des données 2010 (et non de la deuxième moitié du XVIIIème siècle), prenant en considération les espaces géographiques où une nette majorité de la population ayant un emploi a à la fois ses lieux de résidence principale et d’emploi ou de formation, ce qui détermine des migrations alternantes quasi quotidiennes. Pour que les prochaines collectivités publiques territoriales intercommunales aient une cohérence socio-économique et géo-culturelles, il faut se référer à ces zones d’emploi (et quand elles sont trop vastes comme par exemple celles de Toulouse ou de Montpellier les bassins de vie qu’elles comportent qui sont une aire de déplacement de proximité (achats commerciaux, démarches administratives, sorties culturelles les plus fréquents). Et il faut bien sûr ériger en principe qu’une même nouvelle collectivité publique (ex. ce que deviendra la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon qui comporte à juste titre des communes de Gard) ne soit pas partagée sur 2 régions: il faut donc prévoir des ajustements non négligeables des nouvelles régions en fonction des découpages de ces nouvelles collectivités territoriales et non des départements.

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  11. Avatar de Hermès
    Hermès

    HÉ ! CHARLIE, LA FRANCE N’A QUE (suite du commentaire supprimé, aucun rapport avec le sujet de l’article OR)

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