
On va bientôt pouvoir stationner son vélo gratuitement, et à l’abri, dans les gares de la région parisienne. Le 16 janvier, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (ex-LR) a présenté à la presse de nouvelles mesures pour faire « passer à la vitesse supérieure » l’usage du vélo quotidien. Il est vrai que cette région dense et peuplée en a bien besoin, comme l’a confirmé l’usage massif de la bicyclette à Paris et en proche banlieue depuis le début de la défaillance des transports publics, le 5 décembre.
Pour l’instant, les parcs Véligo gérés par Ile-de-France mobilités (IdFM), 4000 places sécurisées (auxquels s’ajoutent 3000 arceaux libres d’accès), réparties dans une centaine de gares, sont accessibles aux détenteurs du pass Navigo annuel, pour un coût de 30€ par an environ. A la fin 2020, ces places seront utilisables gratuitement, toujours pour les titulaires du pass annuel, de la carte Imaginaire ou de la tarification pour les seniors.

La sécurité avant la gratuité. Cela suffira-t-il à inciter les habitants de petite et grande couronne à « se rendre à la gare à vélo plutôt qu’en voiture », comme l’espère Mme Pécresse? Ce n’est pas certain. D’abord parce que la première demande des cyclistes, c’est la sécurité. Autrement dit, si le court trajet à vélo entre le domicile et la gare est perçu, même à tort, comme dangereux, l’habitant préfèrera prendre sa voiture. Il faut donc, en région parisienne comme ailleurs, des itinéraires sécurisés, un « RER V comme vélo », comme le propose le Collectif francilien pour le vélo, qui rassemble une trentaine d’associations locales.
Le basculement de la voiture vers le vélo est facilité lorsque le trajet en voiture commence à être perçu, même à tort, comme complexe. Or, aujourd’hui, à proximité des gares de banlieue, la voirie reste pensée pour faciliter les déplacements automobiles. Sauf dans les communes qui jouxtent Paris, très denses et desservies par le métro, les chaussées sont larges, les vitesses élevées, les feux synchronisés pour faciliter la circulation automobile et le parking… gratuit (à lire ici, une enquête sur le vélo en Ile-de-France).
Parkings gratuits pour les voitures. En décembre 2018, Mme Pécresse, qui veut désormais encourager le vélo, annonçait la gratuité des parkings relais labellisés par IdFM et réservés aux titulaires d’un pass Navigo. Cette mesure, présentée, en pleine crise des « gilets jaunes », comme « écologique et sociale », est censée constituer une incitation à utiliser les transports en commun plutôt que la voiture. 18000 places de parking sont concernées, sur les 100000 places disposées à proximité des gares en Ile-de-France. 9000 nouvelles places, en cours de construction, doivent être soumises au même régime. Et tout cela pour 15 millions d’euros par an.

Trop-plein de voitures. Un exemple permet de comprendre l’absurdité de cette situation. A Saâcy-sur-Marne, en Seine-et-Marne, la gare est située à 2 km du centre-bourg. La plupart des passagers du train se rendent toutefois à la gare en voiture, par habitude, parce que la route s’y prête et que le parking a récemment été agrandi pour faire de la place aux navetteurs quotidiens des autres régions (Hauts-de-France et Grand Est). Saâcy est en effet la dernière gare d’Ile-de-France, et donc bénéficiant du Navigo unique, sur la ligne de chemin de fer en direction d’Epernay.
Le parking est gratuit, mais il déborde. Les automobilistes se garent sur les trottoirs, mettant en danger les piétons. Le maire de la commune avait demandé (sans succès) à bénéficier d’une sorte de dérogation, un parking payant pour éviter le surplus de voitures qui se garent alentours. Ce serait également efficace pour inciter les habitants à venir à vélo à la gare, à condition toutefois que la route reliant la gare et le bourg soit aménagée ou doublée d’une piste cyclable.

Cet exemple confirme que si l’on veut reporter l’usage d’un mode de transport sur un autre, plus vertueux, il faut privilégier le deuxième au détriment du premier. Oui, il faut opposer les modes. Non pas opposer les usagers, mais les modes, ce n’est pas la même chose (voir ici).
Vélo-ventouse. Cet exemple confirme aussi que la gratuité, souvent présentée comme généreuse, entraîne des mésusages. Ce qui est gratuit n’a pas de prix, et ne vaut donc rien aux yeux de l’usager. Un bus gratuit séduit les piétons qui marchaient jusque là volontiers, un parking gratuit attire davantage d’automobilistes. Le stationnement gratuit pour les vélos risque de se traduire par la présence de vélo-ventouse, qui ne bougent jamais et bloquent des places pour des usagers qui en auraient besoin. IdFM affirme que des contrôles seront effectués pour éviter que les vélos demeurent trop longtemps dans un abri. On est disposé à l’entendre, sauf qu’en pratique ce type de contrôle est très rare.
Prime électrique. D’autres dispositifs accompagnent la « stratégie » de la région Ile-de-France un territoire où, comme le rappelle volontiers Mme Pécresse, « la moitié des déplacements en voiture font moins de 3 km. » Le nombre de « Véligos location », vélos bleu turquoise loués 40€ par mois, sera porté à 15000. Aujourd’hui, 10000 d’entre eux sont à la disposition des Franciliens et 5500 en circulation. La prime de 500€ pour tout achat de vélo à assistance électrique est complétée par une autre prime de 600€ réservée aux vélos-cargos à assistance électrique, « pour les familles et les livraisons ».
Dans les gares franciliennes, 100000 places supplémentaires sont annoncées « d’ici à 2030 », et tout réaménagement de gare intégrera (enfin) des places pour les vélos. Mais IdFM devra discuter de cela avec la Société du Grand Paris, en charge de la réalisation du super métro. Pour l’instant, seuls 100 à 200 arceaux sont prévus dans chacune des nouvelles gares (lire ici).
Bikewashing. Et puis sinon, mais ça n’a (presque) rien à voir, saluons l’apparition de l’expression bikewashing, petit cousin du greenwashing, comme le souligne si bien un éditorial du magazine Lyon Capitale.
Olivier Razemon (l’actu sur Twitter, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).

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