
Le maire de Montpellier a annoncé, lundi 13 avril, qu’il créerait prochainement des aménagements cyclables provisoires pour faciliter l’accès aux hôpitaux de la ville. La proposition lui avait été faite, vendredi, lors d’une visioconférence, par l’association Vélocité, qui rassemble 900 adhérents. Cette réalisation, une première en France, devra garantir la sécurité du personnel hospitalier qui se déplace à vélo, comme le montre l’exemple suivant.
Aide-soignante au CHU de Montpellier, Nawel Anoune avait, jusqu’au 15 mars, l’habitude de prendre le tramway pour se rendre à son travail. Ne possédant pas de voiture, et n’ayant jamais passé le permis de conduire, elle n’imaginait pas faire autrement. Mais ça, c’était avant. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, la jeune femme n’a plus tellement envie de monter dans le tramway.

Trop de monde dans le tram. « La fréquence s’est réduite, il faut attendre longtemps et à l’intérieur du tram, il n’est pas toujours facile de maintenir une distance de sécurité avec les autres usagers », témoigne-t-elle. Grâce à l’initiative « Des vélos pour l’hosto » (à lire dans le Monde du 14 avril), Nawel Anoune a réussi à se procurer une bicyclette auprès d’une cycliste qui ne l’utilise pas en ce moment. L’aide-soignante n’avait jamais pratiqué le vélo en ville, mais s’y est faite. « Mon trajet dure environ une demi-heure, il y a une petite côte à l’aller, une autre côte un peu plus dure au retour. Au début, ce n’était pas facile, mais ça commence à aller mieux », dit-elle.
Les voitures roulent plus vite. Sur son trajet, la jeune femme emprunte « beaucoup de pistes cyclables », mais à certains endroits, elle doit pédaler sur la chaussée. Les rues de Montpellier, comme de toutes les autres villes de France, et d’Europe, se sont certes vidées depuis le début du confinement. « Mais les automobilistes vont beaucoup plus vite qu’en temps normal », constate-t-elle.
C’est à partir de ce constat, partagé par plusieurs personnes amenées à se déplacer à vélo, que l’association Vélocité a pris rendez-vous avec le maire de Montpellier, Philippe Saurel (divers gauche, en ballotage depuis le 15 mars). Celui-ci a annoncé, sur Twitter, que « la ville sans circulation automobile nous permet d’envisager de réduire la discontinuité cyclable ». Les aménagements annoncés seront réalisés dès que la mairie de Montpellier aura fait l’acquisition de plots en plastique.
Berlin, Bogota, Vancouver… Depuis le début de l’épidémie, cette réorganisation de l’espace au profit du vélo, inédite dans une ville de France, a déjà été mise en œuvre dans plusieurs villes européennes ou américaines. A Berlin, des pistes cyclables ont été élargies, afin que les usagers puissent conserver une distance suffisante entre eux. Des initiatives équivalentes ont été repérées à Bogota, Vancouver ou Calgary (Canada), ou New York. Le journaliste des Échos Adrien Lelièvre dresse une liste très complète de ces initiatives sur son compte Twitter.
Ces mesures font partie de ce que l’on appelle « l’urbanisme tactique », qui s’inspire en priorité des besoins des habitants. Sur son blog hébergé par le magazine Alternatives économiques, le spécialiste des énergies Eric Vidalenc a décrit, avec l’ingénieur Mathieu Chassignet, la manière dont les villes peuvent prendre en compte l’impératif de distanciation physique que nous impose l’épidémie en cours.
Le 13 avril, à lire dans Le Parisien, la ministre de la transition écologique, Élisabeth Borne, a confié une « mission informelle » à Pierre Serne, élu (EELV) d’Ile-de-France et président du Club des villes cyclables, sur l’adaptation des villes aux déplacements à vélo, à la sortie du confinement.
Olivier Razemon (l’actu sur Twitter, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).

Depuis la mi-mars, ce blog consacré aux mobilités s’est, par la force des choses, transformé en récit de la démobilité. Voici quelques épisodes:
A Lyon, les dernières heures d’insouciance (15 mars 2020)
Confinement: l’apprentissage de la démobilité (17 mars 2020)
Les voisins, silhouettes autrefois secondaires, deviennent les principaux personnages de nos vies (20 mars 2020)
« Les Parisiens », ou supposés tels, une obsession française (28 mars 2020)

Répondre à didier Falleur Annuler la réponse.