
« Je ne sais plus marcher ». Le vieux monsieur ne sort plus de chez lui à pied. En réalité, cet élégant nonagénaire sait parfaitement mettre un pied devant l’autre, mais, en bas de son domicile, les pavés sont disjoints, les trottoirs étroits, encombrés de poubelles, vélos, scooters, ou même voitures. Les passages piétons sont rares, et le monsieur n’ose pas les emprunter. D’autres, plus jeunes, traversent la rue en courant, pour ne surtout pas déranger les automobilistes qui vont vite, et certains passent même en arrêtant les voitures d’un signe de la main. Mais lui, il n’ose plus.
Pour aider ce monsieur, qui vivait il y a quelques années dans le nord de la France, ou cette dame, qui vit dans une petite ville des Yvelines, et toutes les autres personnes qui « ne savent plus marcher » dans leur quartier urbain ou pavillonnaire, il faut répondre au Baromètre des villes marchables. Cette enquête nationale, lancée en novembre 2022 par la Fédération française de randonnée et des associations de marcheurs urbains, en ligne jusqu’au 1er mars, propose à chacun de noter sa commune, ou les communes pratiquées, en fonction de la mobilité à pied. Répondre au questionnaire prend dix minutes.

Ça piétine. Pour l’instant, malgré une prolongation d’un mois, le Baromètre fait du surplace. « Est-ce le froid, d’autres préoccupations, ou le caractère imprévisible du piéton ? Toujours est-il que cette enquête peine à trouver son rythme », avertissait l’association toulousaine Deux pieds, deux roues début février. Le Baromètre ne rassemblait « que 28000 répondants au 1er février alors qu’ils étaient près de 32000 à la même époque, il y a deux ans, pour la première édition », précisait l’association.
Depuis, le niveau est légèrement remonté. La Fédération française de randonnée pédestre a confié à une personne le soin de relancer les collectivités territoriales pour qu’elles mettent en avant le questionnaire et, le 13 février, le nombre de réponses avait précisément atteint le nombre de 34600. En 2021, 70000 réponses avaient été enregistrées, dont 43000 exploitables.
Décalque du Baromètre des villes cyclables. Le Baromètre des villes marchables est moins connu que son homologue, le Baromètre des villes cyclables, mais il lui ressemble beaucoup, sans doute un peu trop. En outre, les formulations ne sont pas toujours pertinentes, ni adaptées à toutes les situations, et on peut avoir l’impression de répondre plusieurs fois à la même question, notamment sur l’accès aux gares, l’encombrement des trottoirs ou la signalétique.

Les conflits vélo/piéton. Ceux qui se déplacent principalement à vélo peuvent être rebutés par l’exercice. L’une des premières questions porte ainsi sur « les conflits entre piétons et vélos (classiques ou à assistance électrique…) », et elle est suivie d’une appréciation des « conflits avec les engins de déplacement personnel (trottinettes, etc.) ». C’est seulement ensuite que le répondant est invité à qualifier les conflits avec les véhicules motorisés, qui causent pourtant bien plus d’accidents graves et mortels.
Il n’empêche qu’il faut répondre à ce questionnaire, et le faire connaître. Ses résultats, qui seront compilés commune par commune et publiés en mai, révéleront la prise en compte des piétons par les municipalités. Une comparaison sera possible avec le Baromètre de 2021.
Suite à la publication des résultats de la précédente enquête, en septembre 2021, « on a constaté un réveil, un frémissement », indique Anne Faure, présidente de l’association Rue de l’avenir, qui est à l’initiative de l’exercice. « Les rues aux enfants, que l’on voit de plus en plus, sont encouragées par le Baromètre », assure-t-elle.

Des municipalités furieuses. Dans le sud des Hauts-de-Seine, la critique de la cohabitation entre cyclistes et piétons dans la « coulée verte » a accéléré la prise de conscience en faveur d’un réseau cyclable séparé des lieux de promenade. Des municipalités, comme Boulogne-Billancourt, sont furieuses des résultats: tant mieux. Elles n’ont qu’à améliorer l’espace public et leurs résultats seront meilleurs.

Debout dans la ville. Le Baromètre des villes marchables contribue ainsi à faire baisser la pression automobile. Il signe l’émergence d’un mouvement qui manque cruellement au débat public, national comme local. Le statut de piéton est encore méconnu. Comme le vieux monsieur qui croit qu’il ne sait plus marcher, nous intériorisons nos difficultés lorsque nous sommes debout dans la ville. « Ah, si j’étais dans ma voiture », « Ah, si j’avais mon vélo », « Ah, si j’avais pu prendre le bus ».
Les réponses au Baromètre des villes marchables permettent enfin de montrer que la demande d’espaces moins motorisés n’émane pas seulement des grandes villes, mais qu’il s’agit d’une préoccupation très partagée.
Le questionnaire est en ligne jusqu’au 1er mars.
Olivier Razemon (l’actu sur Twitter et sur Mastodon, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).

Répondre à Paul Annuler la réponse.