L’appli OuiGo n’indique pas la correspondance avec les TER. Gare de Montauban, avril 23.

Vous connaissez le site qui répertorie la circulation des trains régionaux dans la région Hauts-de-France? Il s’appelle Passpass.fr. Pour les transports de Normandie, région voisine, c’est Atoumod qu’il faut télécharger. En Pays de la Loire, l’application s’appelle Destineo, et en Nouvelle-Aquitaine, Modalis. Le voyageur qui ne porte pas une attention soutenue à ce branding territorial y perd littéralement son latin. Seules quelques régions ont inscrit leur nom, ou une consonance vaguement ressemblante, dans le système d’information disponible sur smartphone : Ile-de-France Mobilités, Breizhgo, Oura (Auvergne-Rhône-Alpes).

Les noms des réseaux régionaux ne sont pas toujours aussi transparents que Breizhgo en Bretagne.

Correspondances oubliées. Parallèlement, Ouigo, le service « à bas coût » de la SNCF déployé pour un nombre toujours plus élevé de destinations, dispose de sa propre application, où ne figure aucune correspondance avec les TER. Des acteurs indépendants, comme Rome2Rio ou Google Maps et, dans les grandes villes, Citymapper, dirigent le voyageur, mais celui-ci n’a aucune garantie d’y trouver l’exhaustivité des solutions.

Ces constats assez lamentables figurent dans une étude effectuée pour la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) par Patricia Pérennes, de la société de conseil Trans-Missions. « On attend du voyageur qu’il raisonne en expert du ferroviaire », observe la consultante, elle-même utilisatrice régulière des transports publics.

Litanie désespérante. Les dysfonctionnements sont nombreux, récurrents et désespérants. Un usager prenant le train à Dordives (Loiret) pour Souppes-sur-Loing (Seine-et-Marne) ne peut acquérir de billet, ni en gare, ni en ligne. Il est condamné à attendre, à bord, le contrôleur qui lui facturera le titre trois fois plus cher. En Ile-de-France, un service d’assistance aux personnes en fauteuil roulant est disponible, mais ne fonctionne pas entre midi et 14 heures.

Lire aussi : Voici comment, petit à petit, on tue le voyage en train (mai 2019)

Distributeurs de la compagnie Trenitalia, gare de Lyon, à Paris.

Exit Trenitalia. Lorsqu’un trajet comprend deux TER et qu’ils sont supprimés, la SNCF ne prévoit pas la prise en charge d’une nuit d’hôtel, au contraire des voyages qui ont recours à des TGV. Le numéro d’urgence commun à la SNCF et à la RATP, le 3117, contact avec les pompiers ou les services médicaux, ne fonctionne pas pour Trenitalia, dont les trains circulent pourtant sur le territoire français.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, toutes les correspondances en car ne sont pas affichées sur les écrans lumineux suspendus dans les halls de gare. Selon Patricia Pérennes, la SNCF n’y indique que les autocars qui furent mis en place en substitution à des services ferroviaires et néglige ceux qui étaient, avant 2017, affrétés par les départements.

A la gare de Saint-Flour (Cantal), les distributeurs de billets ne sont pas toujours approvisionnés en encre et papier.

Ni papier ni encre pour les distributeurs automatiques. Ceci ne figure pas dans l’étude de Trans-Missions, mais a été constaté: les guichets des gares les moins fréquentées sont remplacés par des distributeurs automatiques… qui fonctionnent de manière aléatoire. Car une machine doit être rechargée en papier et en encre, et il faut pour cela des agents disponibles. Trop compliqué apparemment pour la ligne de l’Aubrac, longue de plusieurs centaines de kilomètres, entre Clermont-Ferrand et Béziers (Hérault).

Un ton « condescendant et paternaliste ». Les voyageurs perdus peuvent s’adresser à un agent, s’ils en trouvent un. Certains d’entre eux sont coopératifs, d’autres moins. Patricia Pérennes dénonce « le ton condescendant et paternaliste » qu’elle a parfois entendu : « Sur le train, c’est écrit Intercités. Mais en réalité, c’est un TER, vous devriez le savoir ».

Lire aussi: Il faut un baromètre citoyen des transports publics! (octobre 2022)

La tarification est complexe à comprendre, notamment parce que les trajets peuvent être proposés par des entreprises de transport, comme la SNCF, mais aussi par les régions, qui définissent leur propre politique tarifaire. En Occitanie, un billet pris le jour-même pour un TER entre Cahors et Caussade, distantes de 38 kilomètres, coûte 4 euros, alors que dans le Grand-Est, le billet entre Joinville et Saint-Dizier, 32 kilomètres, est vendu 5,70 euros. Les régions ne rechignent pas non plus à pratiquer le « yield management », qui vise à proposer des prix différents en fonction du taux de remplissage afin de maximiser la recette par voyageur transporté.

La gare de Pont-sur-Yonne (Yonne), mai 23.

Le voyageur prié de « lire la presse économique ». Ainsi, résume Patricia Pérennes, on attend non seulement du voyageur qu’il connaisse précisément les limites des régions et les réformes territoriales successives, mais aussi qu’il « lise la presse économique », afin de s’informer d’un éventuel rachat d’un opérateur par un autre. La complexité de l’information et de la tarification risque d’être renforcée avec l’ouverture à la concurrence, puisque chaque opérateur pourrait développer ses propres outils de vente.

Pour « renverser la perspective au profit du voyageur », la Fnaut propose au ministère des transports une « convention collective de l’usager ». Parmi les 23 « exigences », dont la plupart sont déjà en place dans les pays voisins, figure la création d’un « guichet unique » ou d’un billet flexible permettant de monter à bord de tous les trains effectuant le même trajet, TGV, Intercités, TER voire RER. Les représentants des usagers ne réclament pas en priorité un « pass à 49 euros » comme en Allemagne. Non, ils aimeraient juste que les régions et les opérateurs se coordonnent. Ainsi, la Fnaut plaide pour l’acceptation des tarifs sociaux sur l’ensemble du réseau et une harmonisation des dédommagements en cas de retard.

Selon la Fédération, ces demandes ne sont pas des « revendications catégorielles », mais visent à « simplifier l’accès au train et la compréhension de son fonctionnement pour le plus grand nombre ». A l’heure où le président de la République, oublieux de toute « transition écologique », trouve logique et sain d’affirmer fièrement qu’il « adore la voiture », l’automobile apparaît effectivement beaucoup plus simple que le train. Il faut dire qu’on fait tout pour.

Olivier Razemon (l’actu sur Twitter et sur Mastodon, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).

Ce texte est adapté d’un article écrit en juillet pour l’agence de presse DSI et diffusé par des journaux d’annonces légales.

 

 

 

19 réponses à « Information, réservation, tarifs: le casse-tête du voyage en train »

  1. Avatar de Joakim
    Joakim

    En Suisse, c’est bien une nationalisation, voulue par le peuple en 1898 (https://www.rts.ch/info/suisse/13292974-la-suisse-fete-le-175e-anniversaire-de-son-exploitation-du-rail.html), qui a donné naissance aux Chemins de fer fédéraux (CFF). Leur fonctionnement est encore remarquable aujourd’hui (même si tout n’est pas rose non plus) et le chemin pris par la France est assez incompréhensible vu de l’extérieur.
    Je voyage souvent avec mon vélo et j’ai essayé de planifier un trajet entre la Suisse et l’Espagne en emmenant ma bécane dans le train. Je pense que ce sera plus simple de faire tout le trajet à vélo…

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    1. Avatar de Vincent
      Vincent

      Joakim > Je voyage souvent avec mon vélo et j’ai essayé de planifier un trajet entre la Suisse et l’Espagne en emmenant ma bécane dans le train. Je pense que ce sera plus simple de faire tout le trajet à vélo…

      Une nuit en autocar, trajet direct, pas cher :

      FlixBus 21:25 Geneva 08:25 Barcelona (Sants) 40€

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  2. Avatar de Cyril Bernard
    Cyril Bernard

    J’en suis bouche bée. Je n’avais jamais entendu parler de ce site « passpass.fr » alors que je prends de temps en temps le TER en région HDF. Aucun affichage dans les gares de la région ni lien sur le site TER HDF.
    Donc pour tester, je recherche sur passpass le trajet Laon -> Saint-Gobain un jeudi matin. Il me propose une seule solution, la voiture (hypothétique covoiturage). Alors que sur le site https://transports.hautsdefrance.fr/ je trouve un bus pour ce trajet.
    Je n’ai pas les mots, c’est vraiment n’importe quoi.

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  3. Avatar de Paul
    Paul

    Le train ça devrait être un barème kilométrique pour les rames à basse vitesse, un barème kilométrique pour les trains à grande vitesse, et un tarif qui ne varie jamais. Exit les cartes 12-25, weekend, fréquence, ainsi que les abonnements en tout genre.

    Pareil pour les conditions d’échange et de remboursement, qui devraient être les mêmes peu importe le trajet et la classe du billet.

    Quand à l’argument bateau, « oui sans xxx, on va favoriser la voiture », c’est un faux problème. Si la voiture représente à ce point une atteinte intolérable à l’ordre public, on l’interdit, ou du moins on restreint très fortement les possibilités d’usage, en instaurant un numéro clausus sur les immatriculations et en mettant aux enchères les plaques par exemple. On pourrait faire de même en vendant les droits de passage dans les ZFE.

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    1. Avatar de Mat b
      Mat b

      Paul a beau être à réaction, c’est pas un avion. On ne peut pas demander aux gens de moins prendre leur voiture sans alternative sûre et ponctuelle. En l’occurrence, la France est pays bien équipée en chemin de fer et la moindre des chose serait de faire fructifier cet acquis.
      D’ailleurs cette remarque est valable tant en trajets cours et pendulaires qu’en trajets longs et ponctuels.

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    2. Avatar de marti
      marti

      Ah la fin du barème kilométrique…

      Je prends souvent des passagers blablacar qui me disent préférer le covoiturage car les tarifs sont assez stables que l’on voyage le jeudi en semaine, le vendredi soir, la veille de Noel, les départs en vacances…

      Et c’est aussi pourquoi je prends la voiture : je refuse de payer 2-3 fois le prix normal pour un trajet tgv juste parce que c’est les départs en vacances… Enrichir les sociétés d’autoroute ou la SNCF, camarade, fais ton choix 😉

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      1. Avatar de Paul
        Paul

        Oui, le yield management est une ineptie dans le ferroviaire. Par contre, faut vraiment aimer se faire mal pour préférer la voiture au train.

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      2. Avatar de marti
        marti

        Quand t’habites à la campagne, tu te poses pas trop la question…

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      3. Avatar de FranckM
        FranckM

        Le Blablacar sur des trajets non direct (Bourges – Bergerac pour prendre un exemple que je connais), c’est comme la SNCF en 2023, peu de choix, ou alors il faut se faire déposer à Vierzon (A20 Paris-Toulouse) et se faire récupérer à Brive (même liaison), donc autant prendre le train si on est seul et que l’on a sa journée à disposition (2 changements de train) ou la voiture à partir de deux (un trajet de 4h30 en voiture plus direct sans péage).

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  4. Avatar de franckM
    franckM

    Force est de constater que prendre l’autoroute est plus simple…personne ne cherche à savoir quelle société d’autoroute il enrichie avec son paiement.

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  5. Avatar de labrigue
    labrigue

    Un exemple parmi tant d’autres, dans la vallée de la Roya (Alpes Maritimes) circulent des trains Trenitalia Ventimiglia-Cuneo et des trains SNCF Nice-Tende.

    Pour les trains italiens, pas de problème, il y a dans les gares une fiche horaire tout à fait classique sous un panneau vitré, mais pour les trains français, il y a une vulgaire feuille A4 scotchée sur un mur, à la merci des éléments, avec un QR code à scanner pour accéder aux horaires (pratique dans une région montagneuse avec un connexion réseau parfois aléatoire et ou beaucoup de touristes sont retraités ou étrangers…)

    D’ailleurs, les écrans, quand ils fonctionnent, n’affichent que les trains français, les trains italiens sont des trains fantômes

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  6. Avatar de Alexandre
    Alexandre

    Il faut dire que le système de gestion des informations affichées sur les écrans dans les gares est une histoire à lui tout seul. Le système (CATI, qui doit vouloir dire quelque chose, mais j’ai oublié) n’est accessible qu’aux agents SNCF, son format est tellement particulier, qu’à Poitiers par exemple, pour faire en sorte d’afficher les horaires des cars (y compris ceux exploités par la SNCF) il faut que deux personnes passent 2 ou 3 semaines en Août à rentrer à la main tous les horaires des différentes lignes, de même, il faut modifier à la main si un horaire change. Bref, on sent bien que le système n’a pas du tout était conçu pour accueillir autre chose que des horaires de train SNCF. Comme ça doit être pareil pour les autres opérateurs ferroviaires,j’imagine qu’ils n’ont pas forcément envie de mobiliser une personne plusieurs jours juste pour afficher les horaires en gare.
    Autre anecdote étonnante, j’ai vu la semaine dernière un train Ternitalia en gare de la Part-Dieu à Lyon, l’annonce sur le quai n’a été faite qu’en italien. Vous imaginez dans un aéroport les annonces de la Lufthansa en allemand, celle de KLM en flamand, etc. quelque soit le pays dans lequel vous vous trouvez…

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  7. Avatar de Antoine
    Antoine

    Pour trouver des trajets non-TGV ou correspondances TER, je n’ai rien trouvé de mieux qu’un site… allemand (https://reiseauskunft.bahn.de/). On trouve l’itinéraire, puis on retourne sur le site SNCF pour acheter les billets.

    Et là encore, même Google fait mieux que la SNCF.

    Autre chose qui a disparu : les cartes géographiques avec les lignes. Pour les TER, chaque région publie sa carte, mais ne dit rien de ce qui se passe des trains qui quittent la région. Un beau bordel. J’ai mis des heures à trouver sur internet une carte PDF détaillée des lignes, et encore il faut démêler les lignes de passager des signes de fret.

    Effectivement, pour voyager avec un vélo il vaut mieux se lever tôt. Là aussi on voit la logique capitaliste du profit, qui crée des situations où toutes les minorités sont délaissées pour la clientèle « type », moyenne, qui ne demande que le minimum. Les cyclistes sont dans cette situation, les étrangers aussi puisqu’il faut un Bac+5 et des heures de lecture de sites abscons pour comprendre les tarifications.

    La France sait construire des TGV mais, pour l’organisation du service aux voyageurs, c’est lamentable. Tout est fait pour nous dissuader du train.

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    1. Avatar de FranckM
      FranckM

      Il y a aussi le site Belge il me semble de mémoire qui est plus efficace que la SNCF pour voir un trajet en train.
      Impressionnant le site allemand, j’ai testé un Bourges-Bergerac pour voir, il propose le classique avec deux changements (Tours banlieue et Libourne) mais il va chercher loin en proposant un trajet avec 6 changements (Nevers/Clermont/Aurillac/Brive/Périgueux/Libourne) et en 30h29 de voyage.
      C’est caricatural comme exemple mais cela prouve bien qu’il ne cherche pas comme le site de la SNCF à orienter fortement vers les LGV…lui n’a pas oublié qu’il y a encore d’autres lignes de train.

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    2. Avatar de FiX
      FiX

      Ca n’a pas toujours été le cas, jusqu’aux années 2000 il y avait des systèmes train+vélo qui permettaient de poser son vélo à une gare près de chez soi et de retrouver le vélo à sa gare de destination en 3 jours. De même, il existait dans le temps de systèmes « train+voiture » qui permettaient d’embarquer sa voiture sur un train, de prendre ce même train et de récupérer sa voiture 5h plus tard en étant frais et dispo… nous avons détruit consciencieusement les nombreux services offerts par le train dans les années 50-60 pour nous diriger vers le tout voiture, il serait bon de regarder en arrière pour voir ce qui est réellement faisable par train, on serait surpris…

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  8. Avatar de marmotte27
    marmotte27

    Pour s’informer sur les horaires et les correspondances en France, rien de mieux que le site de la DB (Deutsche Bahn) qui existe en français.
    La SNCF depuis un an n’imprime même plus les dépliants des horaires TER, on est sommé de posséder un smartphone de nos jours.

    De toute façon les horaires ne sont plus qu’une vague indication, on ne sait pas si le train va réellement partir, et les retards sont légion, ainsi que les excuses qui sonnent de plus en plus bidons (incident technique, accident gibier, feuilles sur la voie, régularisation du traffic, etc. ad infinitum).

    La seule chose certaine c’est l’augmentation des tarifs, 4% pour le TER Grand Est en septembre et encore 3% en janvier.

    Vive la transition !

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  9. Avatar de JoRen
    JoRen

    Autre bizarrerie : j’ai tenté d’acheter un billet de train Paris-Orléans dans une gare de banlieue parisienne où il y avait bien un agent SNCF. L’agent m’a dit que ce n’était plus possible dans les gares de banlieue… J’ai aussi demandé des informations pour mon fils sur le pass navigo, on m’a envoyé voir le site Internet. En partant, je me suis bien demandé à quoi servait l’agent si ce n’est pour vendre quelques billets transiliens.

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  10. Avatar de miam
    miam

    Je ne compte pas le nombre d’ennuis que j’ai eu avec la SNCF pour :
    – l’information sur les horaires (la palme : les trains Sens-Amiens dont l’existence n’est même pas mentionnée)
    – l’achat de billets
    – le changement de billets
    – le remboursement en cas de bug du site
    – l’abus de demande de données personnelles
    – les points Prime impossibles à dépenser car il est impossible d’accéder à son espace
    – les cartes d’abonnement impossibles à utiliser et dont la promesse se révèle mensongère
    et j’en passe certainement… comme les tarifs, les billets nominatifs etc. !
    0 souplesse et 70% d’ennuis
    Tout pour vous faire préférer la voiture…

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  11. Avatar de Grek
    Grek

    Le pass à 49€ ne serait il pas malgré tout une reponse au yield management et à l’impenetrabilité tarifaires ?

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