
« Plus ou moins de SUV ». Le slogan qui claque depuis la fin 2023 sur les panneaux d’information à Paris est délibérément biaisé. La question que devront trancher les électeurs parisiens ce dimanche 4 février ne sera pas celle-là. Cette deuxième « votation citoyenne », après celle portant sur les trottinettes en libre-service l’an dernier, ne déterminera pas le nombre des véhicules ultra-dimensionnés autorisés à circuler dans la capitale, mais statuera sur le triplement du tarif du stationnement payant pour les véhicules thermiques dont le poids dépasse 1,6 tonnes. Pour les véhicules électriques, le seuil est fixé à 2 tonnes. Ce n’est pas la même chose que « plus ou moins de SUV ».

Dès lors, certains électeurs, déçus par la tromperie, peuvent être tentés par l’abstention. Au risque du rejet de la proposition de la mairie. Car l’histoire montre qu’un référendum local portant sur la régulation de l’espace public est un pari risqué. Les précédents sont rares, car la plupart des municipalités préfèrent prendre les mesures pour lesquelles elles ont été élues plutôt que de les soumettre à la sagacité populaire.
A Grenoble, le tram adopté de justesse. Mais ces précédents existent. Élu maire de Grenoble en 1983, le Alain Carignon (RPR, c’était le parti de Chirac), avait promis de consulter la population sur le projet de tramway voulu par son prédécesseur socialiste. La participation avait été élevée pour une votation de ce type, 40% des inscrits. Tous les partis politiques, y compris celui du maire, s’étaient prononcés pour le tramway, mais le « oui » ne l’avait emporté qu’avec 53% des voix. « Précisons que les riverains du tracé votèrent massivement en faveur du projet », peut-on lire dans un article publié par la revue Cairn.
A Strasbourg, pas de limitation à 30 km/h. En 1990, à Brest, l’unanimité par les élus de l’agglomération s’étaient prononcé pour un projet de tramway. Soumis à référendum, il avait été massivement rejeté, par 80% des électeurs. Un tramway sera finalement inauguré à Brest, mais plus de vingt ans plus tard. Les temps avaient changé. A Strasbourg, dans les années 1990, la maire Catherine Trautmann (PS) avait renoncé à consulter la population pour la construction du tramway. Mais son successeur Roland Ries l’a fait en 2011 pour valider la limitation de la vitesse à 30 km/h dans le centre-ville. Le projet avait été rejeté par 55% des votants.

Contrer le vote-sanction. Consultés, les électeurs se montrent infiniment moins enthousiastes que leurs élus pour réaménager l’espace urbain, un thème qui semble complexe et dont les bénéfices immédiats n’apparaissent pas à première vue. Pour le dire autrement, électeurs parisiens, si vous estimez que les SUV sont polluants, encombrants et dangereux, votez ce dimanche 4 février pour l’augmentation du prix stationnement. Même si la question vous semble biaisée. Même si vous n’appréciez pas la municipalité qui vous la pose. On n’est jamais à l’abri d’un vote-sanction.
Olivier Razemon (l’actu sur Twitter et sur Mastodon, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).
Lire aussi: Trottinettes à Paris, le syndrome de l’assemblée générale de copropriétaires (avril 2023)


17 réponses à « SUV à Paris, le risque du vote sanction »
Le risque n’est-il pas d’ouvrir une boite de Pandore ? Aujourd’hui les Parisiens votent sur les SUV ; demain une autre majorité pourrait faire voter sur les vélos. Les trottinettes en libre-service ont créé un précédent dangereux.
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Peut-être. La maire de Paris n’a manifestement pas pensé à cela. Elle tente un coup, comme toujours.
Mais en attendant, si vous voulez éviter de donner des idées destructrices à d’autres élus, mieux vaut voter pour la surtaxation du stationnement des SUV.
OR
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Un referendum sur les JO 2024 ça aurait eu plus de panache…
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Certes!
OR
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Je suis d’accord avec RomB. Pourquoi pas un référendum national pour autoriser le parking sur les trottoirs ?
Je vois bien le discours. Toute cette gabegie coûteuse des potelets pas beaux, la verbalisation toute aussi coûteuse et inefficace. Les piétons qui n’ont qu’à prendre leur voiture. L’école ??? Pour quoi faire ?
Il suffit de demander aux Britanniques pour savoir que tout est possible
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Cette manière de faire voter des lois qui ne s’appliquent pas à ceux qui votent c’est quand même le niveau zéro de la politique locale. Je ne vois pas pourquoi un SUV de province à Paris, c’est nul mais un SUV de Parisien ça passe…
Et si je voulais grossir le trait, venir en voiture à Paris quand tu viens de Rennes c’est niet, mais venir de Hong Kong en A320 c’est super !
C’est n’importe quoi, c’est la politique…
Le courage politique aurait voulu un référendum sur les place des SUV (peu importe leur plaque). Mais bon courage et politique…
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La page de la mairie de Paris
– ne définit pas (ou ne donne pas de lien vers) ce qu’est précisément un SUV
– parle d’un « poids réglementaire » impossible à trouver sur Internet
– mentionne « les visiteurs » sans les définir (nombre de Parisiens, dont moi, ont une plaque qui n’est pas en 75, ce que la loi autorise)
– a une argumentation complètement incohérente qui mélange différence et poids relatifs (40% des ventes ne font pas 40% du parc), sans information sur l’impact effectif et factuel.
Je n’ai rien du tout contre la réduction de l’importance de la voiture en ville, mais quand je vois :
1. qu’elle ne s’est pas accompagnée du développement des transports en commun (je suis trop vieux pour le vélo, de toute façon trop dangereux à Paris)
2. l’enfer qu’est devenue la circulation en surface, par la multiplication anarchique des modes de transports et l’exacerbation des comportements, tout cela au nom d’une « circulation douce »,
bref, j’irai voter dimanche mais contre cette farce politique.
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Bonjour,
De votre commentaire, je pense important de réfuter deux arguments :
– « je suis trop vieux pour le vélo ». Au contraire, c’est un bon moyen pour rester en forme.
– « le vélo, de toute façon trop dangereux à Paris ». Au contraire, c’est bien moins dangereux qu’en banlieue ou pire à la campagne.
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Je suis d’accord avec Bertrand. Mais cycliste urbain depuis des décennies, sinon, je n’oserai pas en faire. C’est un sacré stress quotidien. Et je ne supporte pas les cyclistes qui ont déjà leur place assurée au paradis. Le pire c’est que le mercredi je suis obligé d’utiliser la Panda (35 000 km et plus de 20 ans impeccable, sera interdite de ZFE donc ira à la casse écolo) et que je vois ce que je risque. Et encore plus stressé par les cyclistes en noir et sans lumière, les énormes calandres et leurs lumières led dans la tronche. Et l’angle de vue qui baisse avec l’âge. Bon tant que je peux faire du vélo, passé 77 ans, au lieu de lire Tintin.
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Je ne suis pas de l’avis de Bertrand parce que pour tous il vient un âge où faire du vélo, qui plus est à Paris, devient trop dangereux (je pense à ma mère, 90 ans…). Et oui, c’est moins dangereux qu’en banlieue, mais ça reste dangereux dans l’absolu.
En revanche je trouve plutôt bien que ces votations existent ; on se plaint assez des politiques qui prennent des décisions sans consultation. Aux citoyens d’aller voter, il ne sont certainement pas moins compétents ou moins disponibles pour s’informer que les élus.
Finalement, je suis d’avis que ces véhicules devraient tout simplement être interdits à la vente, ils ne servent la plupart du temps que de marqueurs sociaux (en plus de toutes leurs non-qualités en termes d’environnement). Si il y a une votation là-dessus, je sais comment je voterai !
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C’est effectivement, le raisonnement de beaucoup d’électeurs. La votation est floue, imparfaite, et en plus je n’ai pas envie de faire du vélo, donc je vote contre.
Je ne sais pas si la maire de Paris a songé à tout cela quand elle a imaginé cette votation.
Et c’est pour toutes les raisons qui précèdent que les électeurs qui n’en peuvent plus de voir les gros véhicules accaparer l’espace doivent voter pour. Pour rattraper les bourdes d’Hidalgo, en quelque sorte.
OR
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Il y a quand même un coté positif, quand on voit les totems locaux des écologistes tous plus excluants les uns que les autres, on est quasiment sur de ne jamais les voir gouverner autre chose que des municipalites.
Un scrutin « entre soi » de la ville contre les autres, ça peut marcher…mais faites le même sctutin avec les communes alentours vous allez voir la différence.
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On verra déjà la différence dans les arrondissements parisiens, où les pro-voiture se révéleront d’eux-mêmes, dans les quartiers les plus riches, comme le montrent déjà les reportages le jour du scrutin dans le 16e arrondissement.
OR
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Et le résultat est conforme aux prévisions, on voit bien la ligne de démarcation, avec malgré tout paris centre qui a voté pour…
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Bon après avec 8 Md€ de dettes, il faut trouver des sources de financement…
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Il ne me semble pas évident que ce que rapporte le stationnement payant soit au niveau de la dette de la ville de Paris.
Mais votre message est bien dans le thème courant des automobilistes qui « payent pour les autres. »
Factuellement c’est le contraire : les non automobilistes payent pour les automobilistes.
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+1. Merci
OR
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