Tulutulu-tu. Talalala-talalala-talalalo. Tamtam, tililititi-ti. Les humains sonnent tout le temps. SMS impromptus, likes sur Insta, notification du groupe WhatsApp des copropriétaires, plus plein d’autres sonneries que je n’identifie pas, et même de bêtes appels téléphoniques: le moindre événement anodin est reconnaissable à un son. Même dans le train.

Toute la France a adoré se scandaliser, en janvier, lorsque la SNCF a inauguré une classe « optimum » aux prix élevés et aux prestations luxueuses, mais interdite aux enfants. La bourde a depuis été corrigée. Et pourtant, dans le train, ce ne sont jamais les enfants qui font le plus de bruit, mais les adultes.

Le bruit humain lors d’un voyage ferroviaire ne se limite pas aux sonneries de téléphone des malotrus qui ne connaissent pas la fonction silence. La SNCF, qui promet le calme et le confort au moment de vendre ses prestations, semble moins soucieuse de la tranquillité de ses clients lorsqu’ils voyagent.

Les annonces à rallonge. Je ne sais pas si cette statistique existe, mais je constate, année après année, un substantiel allongement des annonces pratiquées par les contrôleurs au départ du convoi, à chaque fois qu’il se produit le moindre incident, et enfin à l’arrivée à destination.

« Vous avez choisi le mode le plus écologique ». Ces longues annonces semblent destinées à prévenir tout comportement inapproprié, toute interprétation erronée, toute méprise qui pourrait conduire la vénérable compagnie ferroviaire devant les tribunaux. Chaque mot est pesé. Les habitués connaissent le fameux « notre train est arrêté en pleine voie, merci de ne pas ouvrir les portes », l’urticant « vous avez choisi le mode le plus écologique pour votre voyage » ou les impératifs « veuillez étiqueter vos bagages ». Depuis quelques mois, les voyageurs, qu’ils soient assis en seconde classe, en première ou en « optimum », ont droit à un couplet sur l’animal de compagnie qui doit voyager muselé et dans un panier. A cette injonction s’est ajoutée tout récemment une précision concernant « les chiens-guides d’aveugle ». Au cas, probablement, où le propriétaire d’un chien d’aveugle décidait d’attaquer la SNCF pour discrimination.

Le pire est que cette litanie d’informations secondaires auxquelles il est impossible d’échapper revient après chaque gare, dont on n’oublie jamais de dévider le nom à rallonge parce que chaque collectivité locale a voulu y laisser sa trace: « Le Creusot-Montchanin-Montceau-les-Mines TGV ». Ce n’est plus un voyage en train, c’est un acte notarié.

Puis, à un moment jugé propice, les voyageurs sont gratifiés d’un mot personnalisé du conducteur, ou d’un contrôleur, qui se présente, prend un ton qu’il veut humoristique, fait des blagues. On aimerait juste lui dire que ce n’est pas intéressant, merci. « En vrai, on s’en fout de ta vie », ai-je déjà entendu. Un quart d’heure plus tard, évidemment, le contrôleur jovial passe pour « vérifier les titres de transport », qui ont déjà été scannés au départ. Avec un peu de chance, il a mis son bip sur silencieux, merci.

Mais le calvaire sonore n’est pas terminé. Alors que le TGV traverse les paysages que personne ne prend la peine de regarder, l’habitacle sombre dans une douce torpeur, mais il faut supporter les pubs du barman, pardon on dit « barista », qui réveille tout le monde en proposant ses snacks et ses pass Navigo. Re-barista une heure plus tard, quand il apparaît que les « plats des chefs » à 13,90€ n’ont pas trouvé preneur et qu’il faut lancer des promotions à – 30% même s’il est 16h30.

Un jour, dans un Lyon-Paris en retard de 35 minutes en raison d’un bagage oublié, le contrôleur s’est adressé aux voyageurs qui auraient pu louper leur correspondance. Il s’est alors lancé dans la litanie des destinations, listant l’une après l’autre chaque gare parisienne de laquelle, après leur arrivée à Paris-Gare de Lyon, les voyageurs auraient dû prendre leur correspondance, ainsi que les horaires des trains. De la Gare du Nord, Beauvais, Dunkerque, de Montparnasse, Chartres, Ploermel, Brest, de la gare de L’Est Sarrebruck, Champagne-Ardenne TGV, etc. Quand il est arrivé aux destinations au départ de la gare Saint-Lazare, j’ai cru qu’il allait citer toutes les gares de grande banlieue. En plus, pour bien se faire comprendre ou, qui sait, par juridisme pointilleux, il a tout répété deux fois. Ce n’est plus du service, c’est du zèle. Serait-ce trop compliqué, ou trop fatigant, de s’adresser à chaque voyageur concerné par une correspondance pour le guider?

Dans le train, chaque bruit amplifie le bruit, chaque annonce encourage au brouhaha, et, la promesse de silence étant déjà bafouée, personne ne s’y sent tenu. Et c’est reparti pour les turlututu et autres tam-tam-tiliti. Tout ceci cause un vacarme bien plus tapageur que les babillages des enfants qui, les bienheureux, ont fini par s’endormir.

Olivier Razemon

3 réponses à « Ce sont les adultes, pas les enfants, qui font du bruit dans les trains. »

  1. Avatar de alpincesare

    Coquille : « fatiguant » → « fatigant »

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  2. Avatar de Jdi Minia
    Jdi Minia

     » Ce n’est plus un voyage en train, c’est un acte notarié. » ça m’a fait ma journée…

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