
Le temps passe et repasse. Dans les villes, les rues sont vides, et les violations du confinement, très remarquées et très commentées, constituent des exceptions. Alors que le trafic motorisé demeure réduit et les piétons clairsemés, l’atmosphère urbaine rappelle, en permanence, celle d’un soir de deuxième tour d’élection présidentielle, juste avant 20 heures, ou d’une finale de coupe du monde de football, après égalisation du camp adverse.
Dans cette ambiance inédite, on se déplace beaucoup moins qu’avant, que ce soit en voiture, en train, en métro ou à vélo. Mais depuis le début du confinement, l’usage du vélo a presque doublé dans la plupart des villes de France, selon les mesures d’Eco-compteur, une entreprise qui place des totems le long des axes cyclables. A Lyon, Strasbourg, Paris, Rouen, Mulhouse, ou en banlieue parisienne, entre la fin mars et la fin avril, les compteurs ont enregistré une progression de 60 à 100% du nombre de passages (carte interactive ici).

Vélo-refuge. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette évolution. D’abord, quelques entreprises ont repris leur activité. Ensuite la crainte de la contamination dans les transports en commun amène une partie des voyageurs vers le vélo. Le même constat avait observé juste avant le confinement, certes de manière marginale: les chiffres avaient brièvement frémi, comme si le bus, le tram et le métro constituaient des repoussoirs.
En Ile-de-France, le vélo est le seul mode de transport qui progresse nettement ces temps-ci. Sans doute ces néo-cyclistes pratiquaient-ils déjà le vélo de temps à autre, et on peut parier qu’ils s’étaient mis au vélo pendant les grèves à al RATP et à la SNCF, entre le 5 décembre et le 15 janvier. Il s’agit en tous cas principalement de déplacements liés au travail, et non d’activité sportive ou de loisirs, selon les données dont dispose Ecocompteur, et qui sont actualisées deux fois par semaine.

Pays latins vs. Europe du nord-est. La société spécialisée dans le comptage a voulu observer, pour la période de confinement, la fréquentation des pistes cyclables dans différents pays d’Europe (les données sont ici). Sans surprise, le 27 avril, celle-ci avait beaucoup baissé, par rapport à la moyenne du mois de février, en France (-68%), mais aussi en Espagne (-88%) ou en Italie (-82%). La tendance était la même, mais moins forte, au Portugal, en Irlande, au Royaume-Uni.
En revanche, les cyclistes ont été en moyenne, la troisième semaine d’avril, plus nombreux qu’en février en Allemagne, en Belgique et en Autriche. La progression est même spectaculaire en Suède (+36%) et en Finlande (+92%), des pays qui restaient certes plongés, en février, dans l’hiver et l’obscurité. Au Pays-Bas et au Danemark, deux pays où la pratique du vélo est élevée, Eco-compteur ne dispose pas de statistiques.

Loisir au nord, travail au sud. Dans le pays où la fréquentation a progressé, schématiquement ceux du nord-est de l’Europe, celle-ci s’est surtout manifestée le week-end, affirme Eco-compteur : « Cela suggère une augmentation de la pratique du vélo de loisir, plutôt qu’utilitaire ». L’examen d’une journée type confirme cet usage. Le vélo est utilisé, dans ces pays du nord-est, à partir de la mi-journée et l’après-midi. En Autriche, par exemple, on constate une petite pointe le matin, mais la fréquentation des axes culmine entre 14h et 18h, avec les balades de l’après-midi.

A l’inverse, dans les pays latin, si la fréquentation des pistes a beaucoup baissé, elle demeure plus forte lors des pointes du matin et du soir. En France et en Italie, la pratique est plus élevée à 8h du matin, puis à nouveau entre 17 et 19h.
Ces deux pratiques, utilitaire mais en forte régression pour les pays latins, récréative en légère progression pour les pays du nord-est, s’expliquent bien sûr par le choix des pouvoirs publics. En Italie et en Espagne, l’usage du vélo était très limité. En France, la confusion a longtemps régné. Le décret du 16 mars ne mentionnait pas le vélo, mais le ministère de l’intérieur, relayé par son homologue des transports, affirmait que le vélo n’était pas autorisé pour l’activité physique. Suite à un référé de la Fédération des usagers de la bicyclette, le ministère de l’intérieur a précisé sa position le 25 avril.

Une bonne nouvelle. Cet usage du vélo pour les trajets liés à l’activité professionnelle est une bonne nouvelle, alors que de nombreuses villes s’engagent à créer des aménagements cyclables provisoires. Non pas pour préparer une « fête du vélo » géante, l’heure n’est pas aux réjouissances, hélas.
Mais parce que ces cyclistes sont autant de voyageurs qui ne prendront pas les transports en commun. Ainsi, ceux qui ont vraiment besoin de les emprunter pourront davantage respecter les impératifs de distanciation physique. Ces néo-cyclistes auront aussi choisi de ne pas utiliser de voiture, et ne contribueront donc pas à la congestion massive qu’on est en droit d’attendre pour les premiers jours du déconfinement, même progressif.
Olivier Razemon (l’actu sur Twitter, des nouvelles du blog sur Facebook et de surprenants pictogrammes sur Instagram).

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