
Printemps 2026. Le gouvernement Lecornu découvre soudain que les importations d’hydrocarbures, qui coûtent « entre 50 et 60 milliards d’euros par an », en plus d’accélérer le réchauffement climatique, de contribuer à l’effondrement de la biodiversité, de légitimer le tout-voiture et donc d’encourager la sédentarité, « financent parfois des régimes redoutables ». Lors de la présentation de son Plan électrification, le 23 avril, le gouvernement a répété sur tous les tons cette évidence: « Sortir des énergies fossiles, c’est d’abord un enjeu de souveraineté ».
Dès lors, selon le mantra de Sébastien Lecornu, la « crise » que constitue la guerre au Moyen-Orient doit être transformée en « opportunité », car « nul ne sait combien de temps cela va durer ». Pour concrétiser cet engagement, le gouvernement promeut l’électrification à tous les étages: chauffage, industrie, artisanat, et bien sûr mobilité. Tout doit être fait pour « aider nos concitoyens à sortir des énergies fossiles ».
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Le vélo sans le dire. Bref, on dirait un plaidoyer pour le vélo, sans jamais prononcer le mot vélo. Certes, l’État ne flambe plus des milliards comme il l’avait fait à l’époque d’Élisabeth Borne en 2022, en subventionnant le plein quotidien sans condition de revenu, et quoi qu’il en coûte. Les mesures, cette fois, ciblent les plus modestes, les « grands rouleurs », ou des professions impactées, agriculteurs, pêcheurs, taxis.

Mais curieusement, comme le constate sur LinkedIn Olivier Issaly, fondateur du spécialiste du vélo de fonction Zenride, « le gouvernement réussit l’exploit d’ignorer royalement le véhicule électrifié le plus vendu en France », le vélo électrique, 507000 exemplaires en 2025. Au passage, le gouvernement snobe tout aussi royalement la trottinette, 615000 engins vendus en 2024, mais il est vrai que tout le monde déteste la trottinette, donc personne n’en parle jamais.
Cet aveuglement n’est pas fortuit. Ministre des Armées, en mars 2025, Sébastien Lecornu affirmait qu’il n’était pas du ressort de l’État de financer les infrastructures cyclables, oubliant que ces financements sont structurants, qu’ils permettent d’en lever d’autres, et qu’ils définissent une stratégie inspirant les collectivités locales. Et ça fonctionne! Entre 2019 et 2024, l’usage du vélo a progressé de 40%. Vous en connaissez d’autres, des politiques pas chères qui marchent aussi bien?
Les oppositions n’ont pas davantage d’imagination. Le RN propose un rabot général sur la TVA, LFI veut plafonner les prix du carburant, tandis que le PS, les écologistes et la gauche hors LFI proposent de consacrer 5 milliards par an pour l’électrification, une différence de montant, mais pas de nature, avec les mesures Lecornu.
Au fond, les politiques réagissent comme si, face à la crise, on ne pouvait changer aucune autre variable que le coût de l’énergie. Comme si le pays était voué à des déplacements toujours plus longs, comme s’il existait un droit à parcourir le plus de kilomètres possibles, en payant le moins possible. Ou comment faire de la crise une opportunité pour ne rien changer.
PS: j’ai vu ce spectacle de la compagnie Zygomatic consacré à la crise climatique. C’est drôle et percutant. Ils tournent en permanence et partout. Extrait: « il faut caresser les cyclistes ».
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