
La vidéo dure 14 secondes. Le maire de Paris, tenue décontractée, s’approche d’un Vélib’ électrique et place un casque sur la tête. En surimpression apparaissent des commentaires piochés sur les réseaux sociaux: « Mettez un casque svp », « Par pitié », « Ce serait bien de montrer l’exemple », etc. Et Emmanuel Grégoire, obéissant, annonce comme s’il était encore en campagne: « maintenant, je vais mettre mon casque à chaque fois ». Et voilà, 14 secondes ont passé.
Le maire de Paris, élu en mars, a compris que le vélo était un moyen de transport simple et rapide, idéal dans une ville aussi dense et encombrée que la capitale, et alors que les transports en commun sont saturés. Depuis, il se montre dans la ville, sur son vélo, ou un Vélib’. Il en a fait son moyen de déplacement principal, ce qu’aucun de ses prédécesseur n’avait osé avant lui.
Emmanuel Grégoire aime jouer au bon élève. Ses administrés, et d’autres usagers des réseaux, actionnés par des humains (ou des machines, qui sait), lui demandent quelque chose, et il obtempère. Sans protester, sans même discuter. « Puisque les gens le veulent, je le ferai », semble être un principe d’action. Mais, comme me l’a confié récemment un ancien adjoint d’Anne Hidalgo, « pour être maire de Paris, on ne peut pas être gentil avec tout le monde ».
Emmanuel Grégoire aurait pu profiter de ces injonctions sur le casque pour ouvrir plusieurs débats. Un responsable public doit-il accepter que les réseaux dictent une conduite personnelle? A quoi sert vraiment le casque quand on est renversé par un camion, comme c’est arrivé à Paris plusieurs fois ces derniers mois, ou délibérément écrasé par une conducteur de SUV, comme Paul Varry en octobre 2024? Suffit-il de « montrer l’exemple » pour assurer la sécurité des cyclistes?

La question du casque à vélo est un sujet complexe qui mérite autre chose qu’un engagement pris en 14 secondes. Tout simplement parce que le casque ne protège pas de tout. Les chutes dues à des bordures trop hautes et mal conçues, les automobilistes roulant trop vite sur les routes de campagne, les portières qui s’ouvrent sans avertissement: dans ces cas, casque ou pas, le cycliste peut être renversé, voire écrasé. Le casque donne en outre l’impression aux usagers motorisés que son porteur est immunisé, qu’ils peuvent le mettre en danger. Quand on est maire d’une grande ville, on ne peut pas se débarrasser d’un sujet aussi important que la sécurité des déplacements à vélo en promettant « maintenant, je vais le mettre à chaque fois ».
Cachez moi ces trottinettes. En cet étouffant été 2026, l’engagement d’Emmanuel Grégoire coïncide bizarrement avec la décision de la préfecture de Paris d’imposer aux usagers de trottinettes le port du casque et d’un gilet jaune. Au lieu de s’interroger sur les raisons pour lesquels les trottinettes sont renversées, sur les risques pris plus ou moins délibérément, sur la circulation automobile menaçante, la préfecture de Paris tente de décourager ce mode. Les trottinettes, on ne veut plus les voir.
Les usagers du vélo ne sont pas à l’abri de ce type de solution simple. Rappelons qu’en mars, des équipes municipales ont été élues dans des grandes villes ou des villes moyennes en surfant sur le rejet des politiques pro-vélo. Le mouvement cycliste est moins influent, plus faible, qu’il y a quelques années. Parviendrait-il à s’opposer, comme il l’a fait plusieurs fois par le passé, à une mesure aussi caricaturale qu’une obligation générale du port du casque?

Certes, Emmanuel Grégoire ne prône pas l’obligation du casque. Mais sa réaction sonne comme une réponse de bon sens qu’on ne saurait contester. Imaginons que les réseaux exigent du maire de Paris qu’il ne circule plus à vélo, parce que ça ne fait pas sérieux, lui réclament d’utiliser une voiture de fonction, parce que quand même, un maire digne de ce nom doit montrer sa puissance. Accepterait-il d’obtempérer?
Moins de casques, plus de sécurité. En Europe, c’est aux Pays-Bas que la pratique du vélo est la plus développée. C’est aussi aux Pays-Bas que la proportion des usagers qui portent un casque est la plus faible. Pourquoi? Parce que, fort de leur longue expérience, les Néerlandais savent sécuriser les déplacements à vélo. Des pistes bien dessinées, des carrefours, des arceaux de stationnement, l’apaisement de la circulation motorisée.
« Donner l’exemple », ce serait montrer au quidam qui lance, sans rien connaître au sujet, « mettez un casque », de lui rétorquer, « parlons-en, pourquoi dites-vous cela, que connaissez-vous à la sécurité du vélo en ville? »
Olivier Razemon (garanti sans IA)
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10 arguments contre l’obligation du port du casque à vélo (février 2016, les mises à jour successives montrent que le sujet est récurrent)
Olivier Razemon (garanti sans IA)

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