Emmanuel Grégoire (à droite) en campagne sur un marché, en février.

La vidéo dure 14 secondes. Le maire de Paris, tenue décontractée, s’approche d’un Vélib’ électrique et place un casque sur la tête. En surimpression apparaissent des commentaires piochés sur les réseaux sociaux: « Mettez un casque svp », « Par pitié », « Ce serait bien de montrer l’exemple », etc. Et Emmanuel Grégoire, obéissant, annonce comme s’il était encore en campagne: « maintenant, je vais mettre mon casque à chaque fois ». Et voilà, 14 secondes ont passé.

Le maire de Paris, élu en mars, a compris que le vélo était un moyen de transport simple et rapide, idéal dans une ville aussi dense et encombrée que la capitale, et alors que les transports en commun sont saturés. Depuis, il se montre dans la ville, sur son vélo, ou un Vélib’. Il en a fait son moyen de déplacement principal, ce qu’aucun de ses prédécesseur n’avait osé avant lui.

Emmanuel Grégoire aime jouer au bon élève. Ses administrés, et d’autres usagers des réseaux, actionnés par des humains (ou des machines, qui sait), lui demandent quelque chose, et il obtempère. Sans protester, sans même discuter. « Puisque les gens le veulent, je le ferai », semble être un principe d’action. Mais, comme me l’a confié récemment un ancien adjoint d’Anne Hidalgo, « pour être maire de Paris, on ne peut pas être gentil avec tout le monde ».

Emmanuel Grégoire aurait pu profiter de ces injonctions sur le casque pour ouvrir plusieurs débats. Un responsable public doit-il accepter que les réseaux dictent une conduite personnelle? A quoi sert vraiment le casque quand on est renversé par un camion, comme c’est arrivé à Paris plusieurs fois ces derniers mois, ou délibérément écrasé par une conducteur de SUV, comme Paul Varry en octobre 2024? Suffit-il de « montrer l’exemple » pour assurer la sécurité des cyclistes?

Graphique en suédois. En vert foncé, la pratique cyclable par ville. En vert clair, la sécurité perçue par les usagers. En rose, la proportion de cyclistes portant un casque. Groningen est aux Pays-Bas, Lund, Malmö et Uppsala en Suède, Köpenhamm, c’est Copenhague.

La question du casque à vélo est un sujet complexe qui mérite autre chose qu’un engagement pris en 14 secondes. Tout simplement parce que le casque ne protège pas de tout. Les chutes dues à des bordures trop hautes et mal conçues, les automobilistes roulant trop vite sur les routes de campagne, les portières qui s’ouvrent sans avertissement: dans ces cas, casque ou pas, le cycliste peut être renversé, voire écrasé. Le casque donne en outre l’impression aux usagers motorisés que son porteur est immunisé, qu’ils peuvent le mettre en danger. Quand on est maire d’une grande ville, on ne peut pas se débarrasser d’un sujet aussi important que la sécurité des déplacements à vélo en promettant « maintenant, je vais le mettre à chaque fois ».

Cachez moi ces trottinettes. En cet étouffant été 2026, l’engagement d’Emmanuel Grégoire coïncide bizarrement avec la décision de la préfecture de Paris d’imposer aux usagers de trottinettes le port du casque et d’un gilet jaune. Au lieu de s’interroger sur les raisons pour lesquels les trottinettes sont renversées, sur les risques pris plus ou moins délibérément, sur la circulation automobile menaçante, la préfecture de Paris tente de décourager ce mode. Les trottinettes, on ne veut plus les voir.

Les usagers du vélo ne sont pas à l’abri de ce type de solution simple. Rappelons qu’en mars, des équipes municipales ont été élues dans des grandes villes ou des villes moyennes en surfant sur le rejet des politiques pro-vélo. Le mouvement cycliste est moins influent, plus faible, qu’il y a quelques années. Parviendrait-il à s’opposer, comme il l’a fait plusieurs fois par le passé, à une mesure aussi caricaturale qu’une obligation générale du port du casque?

Nombre de km parcourus à vélo par habitant dans les pays d’Europe, et nombre de cyclistes tués par million de km parcouru.

Certes, Emmanuel Grégoire ne prône pas l’obligation du casque. Mais sa réaction sonne comme une réponse de bon sens qu’on ne saurait contester. Imaginons que les réseaux exigent du maire de Paris qu’il ne circule plus à vélo, parce que ça ne fait pas sérieux, lui réclament d’utiliser une voiture de fonction, parce que quand même, un maire digne de ce nom doit montrer sa puissance. Accepterait-il d’obtempérer?

Moins de casques, plus de sécurité. En Europe, c’est aux Pays-Bas que la pratique du vélo est la plus développée. C’est aussi aux Pays-Bas que la proportion des usagers qui portent un casque est la plus faible. Pourquoi? Parce que, fort de leur longue expérience, les Néerlandais savent sécuriser les déplacements à vélo. Des pistes bien dessinées, des carrefours, des arceaux de stationnement, l’apaisement de la circulation motorisée.

« Donner l’exemple », ce serait montrer au quidam qui lance, sans rien connaître au sujet, « mettez un casque », de lui rétorquer, « parlons-en, pourquoi dites-vous cela, que connaissez-vous à la sécurité du vélo en ville? »

Olivier Razemon (garanti sans IA)

Lire aussi: Et en deux minutes, Valérie Pécresse changea d’avis sur le casque (septembre 2016)

10 arguments contre l’obligation du port du casque à vélo (février 2016, les mises à jour successives montrent que le sujet est récurrent)

Olivier Razemon (garanti sans IA)

Le candidat Grégoire en février (les taches blanches sont sur la photo, pas sur le costume).

3 réponses à « Emmanuel Grégoire obéit aux réseaux sociaux et met un casque à vélo: pourquoi c’est gênant. »

  1. Avatar de Isabelle Lesens
    Isabelle Lesens

    J’en ai vraiment marre de ces histoires de casque ! C’est vraiment de l’intoxication.

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  2. Avatar de vat83adbs
    vat83adbs

    Le casque ne poserait de problème à personne si on pouvait le laisser suspendu au guidon et partir sans risquer de se le faire voler. Mais le niveau de moralité est tellement bas en France que ça n’est pas possible.

    C’est d’ailleurs la même chose aux Pays-Bas. Avec 500000 vélos volés chaque année (le record en Europe), les habitants rivalisent d’ingéniosité pour ne pas se le faire dérober. Pas question de laisser quoique ce soit dessus bien entendu.

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    1. Avatar de olivierrazemon

      Si vous laissez un casque sur un vélo, quelqu’un peut le prendre, ou pas, et cela peut arriver partout, en France, aux Pays-Bas ou ailleurs. Probablement davantage dans une grande ville que dans un village, car il y a plus de monde dans la grande ville. Cela n’a rien à voir avec une prétendue « moralité » attribuée à un pays.

      Pour sortir des fantasmes et des propos de bistrot au sujet des vols de vélos, voici une étude de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) qui détermine où, quand et comment se produisent ces vols:

      Vols de vélo: Où? Quand? Pourquoi? Les premiers chiffres.


      OR

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